Élus condamnés réélus : la vie privée face à l'exemplarité politique
Élus condamnés réélus : vie privée contre exemplarité

La réélection controversée d'élus condamnés pour violences sexuelles

Le dimanche 15 mars, les électeurs de Saint-Ellier-les-Bois dans l'Orne ont réélu Edgard Moulin comme maire, malgré sa mise en examen pour des accusations graves incluant viol, recours à la prostitution de mineurs et détention d'images pédopornographiques. Ce scrutin municipal a révélé un phénomène troublant : plusieurs candidats confrontés à la justice pour des affaires de mœurs ont obtenu des résultats significatifs au premier tour des élections.

Le cas emblématique de Conflans-Sainte-Honorine

À Conflans-Sainte-Honorine dans les Yvelines, le maire sortant Laurent Brosse, divers droite, est arrivé en tête du premier tour avec 33,18% des voix. Cette performance électorale intervient malgré sa condamnation par la Cour d'appel de Versailles en décembre dernier à dix mois de prison avec sursis et deux ans de sursis probatoire pour tentative d'agression sexuelle, violences et harcèlement sur son ex-conjointe.

« Sur ma table, sur 200 enveloppes, 50 étaient des bulletins Brosse... J'étais sans voix », témoigne Alain, 71 ans, habitant historique de cette ville de plus de 36.000 habitants située à 25 kilomètres au nord-ouest de Paris. « Ce n'est pas normal. Les gens disent que la vie privée est différente de la politique, mais il n'a pas grillé un feu rouge là. Il doit montrer l'exemple », ajoute-t-il en référence à une première condamnation de l'élu en octobre 2022 pour refus d'obtempérer et rébellion.

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Une division profonde parmi les habitants

La candidature de Laurent Brosse, qui a perdu le soutien du parti Horizons pour cette élection, divise profondément la population. Un autre Alain, membre du comité de quartier Romagné-Renouveau, exprime son incompréhension : « On ne peut pas ignorer de tels faits. Le maire est officier de la police judiciaire. C'est même plus qu'un devoir d'exemple. Je ne comprends pas qu'on puisse se représenter après ça alors que plein de métiers requièrent un casier vierge ».

Joséphine, mère de famille se promenant au parc municipal, renchérit : « Son rôle est de protéger ses administrés. Comment lui faire confiance alors même qu'il a agressé sa propre compagne ! Il s'est engagé dans la vie publique, pour l'intérêt de tous. Il a l'obligation d'être irréprochable sur certaines questions ».

Mobilisation associative et réactions politiques

L'association Mouv'Enfants a lancé une pétition en ligne demandant le retrait de Laurent Brosse et de quinze autres candidats dans des situations similaires, recueillant plus de 150.000 signatures. « On ne peut que demander de l'exemplarité sur ces sujets de la part d'un élu quand on sait que près de 300.000 femmes sont victimes de violences chaque année », explique Arnaud Gallais, président de l'association.

Manon Coléou, candidate LFI à la mairie de Conflans-Sainte-Honorine (7,81%), a organisé une opération « coup de poing » en janvier lors d'un conseil municipal pour dénoncer le maire condamné : « À quel moment on se dit qu'une personne inscrite au Fichier judiciaire automatisé des auteurs d'infractions sexuelles ou violentes peut assurer la sécurité de ses administrés si ce n'est la culture du viol ? De plus, il nuit à l'image de la ville ».

Les arguments des soutiens

Parmi les partisans du maire sortant, Bertrand défend une position différente : « Il a eu un moment de faiblesse, il paie sa dette à la société et basta. Le reste ça ne me regarde pas, je ne suis pas dans sa chambre à coucher et je ne veux pas y être ». Pour lui, la politique de la ville prime sur « la vie privée du maire ».

Cependant, même parmi ses connaissances, cette position ne fait pas l'unanimité. Un ami cycliste qui l'accompagne déclare : « J'ai voté pour lui en 2020. J'ai les mêmes idées politiques mais il y a des limites. J'ai des principes. J'ai voté blanc et je le referai dimanche ».

Perspectives pour le second tour

Pour le second tour, Laurent Brosse affrontera deux candidats principaux : l'écologiste Raphaël Prats (16,22%), qui a fusionné sa liste avec les socialistes (13,33%) et les macronistes (12,34%), et la candidate du Rassemblement national, Emmanuelle Fortin (11,73%).

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Mireille, 79 ans, exprime le sentiment de nombreux habitants : « Quand je vois ça, je n'ai pas l'impression d'être représentée. Je ne comprends pas tous ceux qui votent pour lui. Après l'affaire de l'instituteur (Samuel Paty tué à Conflans-Sainte-Honorine en 2020) on devrait être vigilant sur la violence. Je n'ai plus l'impression d'être à ma place ici ».

Les colistiers de Laurent Brosse n'ont pas souhaité répondre aux sollicitations des médias sur ce sujet, bien que l'une d'entre elles, sous anonymat, avait déclaré à l'AFP après la condamnation du maire : « Pour les femmes de la liste spécifiquement, si nous avons choisi de le soutenir, c'est que nous avons complètement confiance ».