Municipales à Cayenne : un duel historique entre deux anciennes alliées
À un mois du premier tour des élections municipales, cinq têtes de liste briguent le fauteuil de maire de Cayenne, capitale régionale de la Guyane. Cependant, des quartiers Mirza à Mont-Lucas, tous les observateurs politiques anticipent un duel féroce entre l'édile sortante, Sandra Trochimara, élue sans étiquette à 63 ans, et la sénatrice du Rassemblement des démocrates progressistes indépendants, Marie-Laure Phinéra-Horth, âgée de 68 ans et maire de la ville de 2010 à 2020.
Une alliance brisée par les ambitions politiques
Les deux femmes se connaissent parfaitement, ayant cofondé en 2016 le parti de gauche Nouvelle force de Guyane. C'est sous cette bannière que Mme Phinéra-Horth a remporté une deuxième élection municipale en 2020. Quelques mois plus tard, les sénatoriales l'ont contrainte à laisser son mandat à sa première adjointe, Sandra Trochimara. Six ans après, un fossé profond s'est creusé entre les anciennes collaboratrices.
Mme Phinéra-Horth a qualifié dans la presse locale ce remplacement « d'erreur de casting » et exprime sa volonté de reprendre en main la destinée de la ville. « Plusieurs projets actés en 2020 n'ont pas été finalisés. Il faut moderniser cette ville car aujourd'hui Cayenne est morte », justifie-t-elle avec fermeté.
Scission municipale et accusations de clientélisme
Pourtant, il y a seulement un an, les deux femmes militaient encore dans le même parti, avant que Mme Trochimara ne le quitte en février 2025, créant une scission significative au sein du conseil municipal. Dans la foulée, treize conseillers et adjoints fidèles à Mme Phinéra-Horth ont vu leurs délégations leur être retirées.
Les indemnités associées ont été reversées aux élus soutenant Mme Trochimara « afin de valoriser leur engagement », précise un rapport du conseil municipal de septembre 2025 consulté par Le Monde. « Du pur clientélisme politique », dénonce avec véhémence la sénatrice, qui accuse sa rivale de pratiques douteuses.
Une campagne sous le signe des affaires judiciaires
Interrogée sur ces faits, Mme Trochimara a éludé les questions et ne souhaite pas entrer dans la polémique. L'élue sortante n'a pas besoin de rendre les coups : les déboires judiciaires de son adversaire suffisent à la discréditer aux yeux de nombreux électeurs.
Mme Phinéra-Horth a en effet été condamnée en décembre 2025 à deux ans de prison avec sursis pour recel de biens provenant de détournement de fonds publics. Reconnue coupable par la justice d'avoir perçu entre 2013 et 2016 un salaire d'orthophoniste sans exercer d'activité au Centre hospitalier de Cayenne, cette peine était également assortie de deux ans d'inéligibilité. Cependant, la sénatrice a fait appel de cette décision, lui permettant ainsi de concourir aux élections municipales malgré cette condamnation.
Cette campagne électorale s'annonce donc particulièrement tendue, mêlant rivalités personnelles, accusations de clientélisme et affaires judiciaires, dans un contexte où la modernisation de Cayenne reste un enjeu central pour les candidats et les électeurs guyanais.



