Un scénario politique inédit en Californie
La Californie pourrait-elle élire son premier gouverneur républicain depuis Arnold Schwarzenegger il y a vingt ans ? Cette question anime les médias américains depuis plusieurs semaines, avec la possibilité d'un duel entièrement conservateur pour succéder au démocrate sortant Gavin Newsom. L'État fonctionne en effet avec un système unique de « jungle primary », une super primaire prévue le 2 juin prochain où plus de soixante candidats de tous bords s'affrontent, les deux premiers se qualifiant pour l'élection générale du 3 novembre.
Un système électoral propice aux surprises
Ce mécanisme électoral particulier favorise les scénarios imprévus avec un vote extrêmement fragmenté. Alors qu'une demi-douzaine de démocrates se partagent les voix, deux républicains semblaient, selon les sondages récents, en mesure de terminer en tête. Paradoxalement, l'implosion de la campagne du démocrate Eric Swalwell, contraint de se retirer après des accusations de viol, rend moins probable ce cataclysme électoral pour son camp.
L'absence de poids lourd démocrate
La situation actuelle s'explique principalement par le vide laissé par les figures démocrates majeures. Initialement, tous les paris étaient sur une candidature de Kamala Harris, mais six mois après sa défaite face à Donald Trump, l'ancienne vice-présidente a annoncé l'été dernier qu'elle renonçait, visiblement peu pressée de s'engager dans une bataille où elle avait plus à perdre qu'à gagner.
Le sénateur californien Alex Padilla a également décliné, ouvrant la compétition à des démocrates moins établis : les membres du Congrès Eric Swalwell et Katie Porter, le milliardaire Tom Steyer, l'ancien maire de Los Angeles Antonio Villaraigosa et l'ancien secrétaire à la Santé de Joe Biden, Xavier Becerra.
Deux républicains en position de force
Face à cette constellation démocrate, deux républicains se sont rapidement détachés : Steve Hilton, ancien conseiller de David Cameron devenu commentateur sur Fox News et naturalisé américain en 2021, et Chad Bianco, le shérif conservateur du comté de Riverside, à l'est de Los Angeles.
Le premier incarne un « populisme positif » et ambitionne de secouer les élites sans effrayer la Silicon Valley. Le second se positionne sur une ligne Maga anti-immigration et s'est illustré en faisant saisir plus de six cent mille bulletins d'un référendum sur la base d'allégations de fraude largement contestées, une initiative depuis suspendue par la justice.
L'impact décisif de Donald Trump
Fin mars, plusieurs sondages plaçaient Hilton et Bianco en tête avec environ 15 % chacun, devant Eric Swalwell (13 %), Tom Steyer et Katie Porter (entre 10 et 12 %), les autres candidats restant sous les 5 %. Le paysage a basculé lorsque Donald Trump a apporté son soutien à Steve Hilton début avril, contre l'avis de l'appareil républicain californien qui préférait voir les deux candidats se partager équitablement les voix.
Selon un récent sondage Survey USA réalisé en grande partie après les accusations contre Swalwell, le milliardaire Tom Steyer se détache désormais côté démocrate avec 21 % des intentions de vote, loin devant Katie Porter (9 %). Steve Hilton est crédité de 18 %, contre seulement 9 % pour Chad Bianco.
Un scénario encore incertain
« L'idée d'un duel républicain, c'est un fantasme des médias qui connaissent mal la politique californienne », s'agace Mike Madrid, stratège républicain spécialiste de l'électorat latino. Selon lui, Tom Steyer, qui avait brigué sans succès l'investiture démocrate pour la présidentielle de 2020 en dépensant deux cent cinquante millions de dollars, sera le prochain gouverneur : « Ça ne sera pas serré, il va gagner avec vingt points d'écart. »
Il cite notamment la composition de l'électorat californien, avec un net avantage pour les démocrates, et l'impopularité record de Donald Trump, qui peine désormais à dépasser les 40 % d'opinions favorables. Bien que Trump ait réalisé une percée dans l'électorat latino en 2024, particulièrement chez les hommes, « tout son capital s'est envolé le jour du Liberation Day », quand il a annoncé ses surtaxes douanières.
L'élection se jouera sur le coût de la vie, le prix de l'essence et des courses, et Trump commet la même erreur que Biden en affirmant qu'il n'y a pas d'inflation. Ajoutez les excès de l'ICE, la guerre en Iran et le fiasco Epstein, et Mike Madrid prédit « des élections brutales » pour les républicains, en Californie mais aussi au Congrès. Il conclut : « Pour le GOP, la Chambre est déjà perdue et désormais, même le Sénat pourrait tomber. »



