Un incident rare au Conseil de sécurité
Lundi 27 juillet, lors d'une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU à New York, des diplomates américains ont quitté la salle alors que la délégation française prenait la parole. Cet événement inédit entre alliés marque une escalade dans les tensions entre Paris et Washington, déjà vives après le vote de vendredi dernier sur le renouvellement du mandat de Volker Turk, Haut Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme.
La France avait reproché aux États-Unis de s'être opposés à cette reconduction, qui a pourtant été approuvée par 144 voix contre seulement 10. Paris s'est indigné de voir Washington s'aligner sur les votes de régimes autoritaires, pointant du doigt une rupture avec les valeurs historiques américaines.
Les reproches de Paris à Washington
Dès vendredi, la Mission de la France auprès des Nations unies à Genève avait publié un message cinglant sur le réseau social X : « Les États-Unis étaient autrefois un modèle en matière de droits humains. Ce n'est plus le cas. Aujourd'hui, ils se retrouvent aux côtés de la Corée du Nord, du Nicaragua, du Mali et de la Russie. Isolés. Et le monde ne les écoute plus. » Ces propos ont immédiatement suscité une vive réaction de la délégation américaine.
Volker Turk, dont le mandat implique de dénoncer les violations des droits de l'homme par les États membres, avait vivement critiqué la guerre d'Israël à Gaza et plaidé pour une « refonte massive » de la politique d'immigration américaine avant la Coupe du monde, évoquant des problèmes de profilage racial et de surveillance. Ces positions expliquent en partie la réticence de Washington à soutenir son renouvellement.
La réponse cinglante de l'ambassadeur américain
L'ambassadeur américain auprès de l'ONU, Mike Waltz, a répliqué sur X en accusant la France de ménager « certains des pires auteurs de violations des droits de l'homme » et de voter « pour quelqu'un qui a donné des leçons aux démocraties libres et souveraines comme les États-Unis, le Royaume-Uni et Israël, tout en se rapprochant des pires oppresseurs du monde ».
Lundi, après avoir quitté la salle du Conseil de sécurité, l'ambassadeur adjoint des États-Unis, Dan Negrea, a poursuivi les remontrances en direct. Il a reproché à la France de feindre « l'indignation morale » et de « prétendre donner des leçons au monde entier sur tous les sujets », y compris les droits de l'homme. « Les États-Unis ont soutenu la France dans tous les conflits où sa liberté a été menacée et ont toléré ses démonstrations de force par esprit de camaraderie et de respect mutuel, mais cela ne durera plus », a-t-il déclaré.
Des tensions au-delà de l'ONU
L'ambassadeur français, Jérôme Bonnafont, s'est contenté de rappeler le 250e anniversaire des États-Unis et la place qu'y a prise la France. Il a assuré que Paris travaillait à l'ONU « pour préserver cette institution, son indépendance, sa capacité d'action au service de la charte, au service des droits de l'homme, et au service de la paix ».
De telles sorties entre alliés au sein du Conseil de sécurité sont extrêmement rares et reflètent une détérioration plus large des relations entre le président américain Donald Trump et son homologue français Emmanuel Macron. Elles s'inscrivent dans un contexte de tensions transatlantiques : interrogations sur l'engagement américain envers l'Otan, modifications du déploiement des troupes américaines en Europe, volonté de Washington de contrôler le Groenland (territoire danois membre de l'Otan), et griefs répétés de Trump sur l'absence de soutien européen pendant la guerre en Iran.



