Un an après le séisme diplomatique de Munich
Un an après le coup de tonnerre diplomatique déclenché par le vice-président américain J.D. Vance lors de son discours à Munich, le projet d'exportation de la révolution trumpiste en Europe marque clairement le pas. Cependant, les Européens, de leur côté, n'ont toujours pas réussi à s'émanciper véritablement de l'influence de Washington. Les deux piliers traditionnels de l'Occident se regardent désormais en chiens de faïence, dans un contexte de relations transatlantiques profondément dégradées.
Une présence américaine agressive
Sous l'administration Trump et avec J.D. Vance - considéré comme le vice-président le plus présent sur la scène internationale depuis Dick Cheney, l'architecte de l'invasion de l'Irak en 2003 - les États-Unis ne se contentent pas de négliger leurs alliés traditionnels. Ils piétinent régulièrement le droit international, abandonnent progressivement l'Ukraine, et comme l'a montré le récent épisode groenlandais, peuvent même se transformer en prédateurs économiques et politiques.
Cette attitude provoque une méfiance grandissante en Europe. Vance a été hué par le public milanais lors de son apparition à la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques d'hiver le 6 février. Un sondage YouGov publié le même jour révèle des chiffres alarmants : dans les pays traditionnellement les plus pro-américains, ceux qui considèrent encore les États-Unis comme alliés ou amis sont devenus minoritaires.
Des chiffres qui parlent d'eux-mêmes
Le soutien à l'alliance américaine a fondu comme neige au soleil en Allemagne, où seulement 41% de la population considère désormais les États-Unis comme alliés ou amis, soit une chute de 30 points par rapport à l'ère Biden. Au Royaume-Uni, la situation n'est guère meilleure avec 46% de soutien, en baisse de 23 points. Même les populistes européens doivent prendre leurs distances avec Trump, comme l'a montré la défaite du candidat portugais André Ventura, pourtant fan déclaré du président américain.
Le choc des valeurs
Lors de leur réunion l'an dernier à l'hôtel Bayerischer Hof à Munich, les principaux responsables politico-militaires européens ont ressenti un vertige en écoutant le vice-président américain. Alors qu'ils commençaient enfin à prendre au sérieux les reproches américains concernant le partage du fardeau de la défense, Washington déplaçait soudainement le conflit sur le terrain des valeurs fondamentales. Les Européens découvraient avec effroi que les principes exposés par l'orateur contredisaient directement leurs pratiques politiques et leurs convictions progressistes.
Les reproches américains
La Maison-Blanche accuse les élites européennes de faire obstacle à l'accès au pouvoir des populistes proches de Trump, en utilisant des moyens déloyaux tels que :
- La censure médiatique et politique
- L'instrumentalisation de la justice
- L'isolement politique systématique
- Des artifices procéduraux variés
Ensuite, Washington reproche aux Européens leur complaisance coupable vis-à-vis d'une immigration musulmane qui, selon la nouvelle Stratégie nationale de sécurité américaine, porterait en elle le risque d'une perte d'identité européenne, sapant ainsi à terme la raison d'être de la protection américaine accordée au Vieux Continent.
La réponse européenne
Côté européen, on dénonce vigoureusement l'hypocrisie d'une administration présidentielle qui abandonne les valeurs communes de démocratie et de liberté au profit d'une politique impériale mercantiliste, égoïste et à caractère autoritaire. Quand Donald Trump affirme que la seule limite à son pouvoir personnel est son "sens moral", tout en diffusant sur son réseau social des vidéos à connotation raciste, de nombreux Européens attachés au lien transatlantique se sentent profondément trahis.
L'Europe face à sa solitude
Les Européens se retrouvent désormais seuls face à des défis colossaux. Le fossé transatlantique, devenu béant, ne profite qu'à la Russie de Vladimir Poutine et à son grand protecteur, le Parti communiste chinois. Le réalisme politique impose de reconnaître une vérité difficile : les pays européens sont encore peu capables de se défendre par eux-mêmes, sans le parapluie nucléaire et les autres armes de l'Amérique.
Pourtant, ce n'est qu'en s'affirmant comme acteurs souverains et unis que les nations européennes pourront protéger efficacement leurs intérêts, que les guerres à venir soient militaires, commerciales, technologiques ou culturelles. Le chemin à parcourir reste long et semé d'embûches. En attendant d'y parvenir, la situation européenne demeure fort périlleuse, dans un monde où les alliances traditionnelles vacillent et où de nouveaux équilibres géopolitiques se dessinent dans la douleur.