La réaction de Macron face à l'Iran suscite colère et interrogation sur l'aveuglement occidental
Macron et l'Iran : colère face à l'aveuglement occidental

La déclaration présidentielle qui fait monter la colère

À la lecture de la première réaction d’Emmanuel Macron à l'intervention israélo-américaine contre la mollahrchie, samedi 28 février, une colère purement émotionnelle monte en même temps qu'une profonde fatigue intellectuelle. Le président français déclare : « Le déclenchement de la guerre entre les États-Unis, Israël et l'Iran emporte de graves conséquences pour la paix et la sécurité internationale. L'escalade en cours est dangereuse pour tous. Elle doit cesser. Le peuple iranien doit aussi pouvoir construire son avenir librement. Les massacres perpétrés par le régime islamique le disqualifient et nécessitent que la parole soit rendue au peuple. Fidèle à ses principes et consciente de ses responsabilités internationales, la France demande une réunion urgente du Conseil de sécurité des Nations unies. »

L'image insoutenable de la poignée de main oubliée

La première image qui vient à l'esprit est celle du président français serrant la main de feu le président iranien Ebrahim Raïssi, surnommé le « boucher de Téhéran » pour avoir présidé à la mise à mort de milliers d'opposants à la mollahrchie dans les années 80-90. Cette rencontre à l'ONU en septembre 2022 intervient alors que Mahsa Amini vient d'être assassinée par la police des mœurs, initiant ce que beaucoup appellent la révolution perse contre les mollahs.

Cette image contraste cruellement avec les déclarations sur la paix et la sécurité internationale que la République islamique bafoue directement depuis quarante-sept ans, en Iran, au Liban, en Israël, au Yémen, en Syrie, en Irak, mais aussi en Occident à travers des attentats aveugles et des exécutions d'opposants. Le droit international est piétiné depuis près d'un demi-siècle par les mollahs, tandis que la population iranienne est exsangue, criant sa liberté face aux massacres de masse.

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L'erreur diplomatique française et la cécité occidentale

Comment le président d'une démocratie occidentale peut-il écrire de telles déclarations sans ressentir la honte lui monter au visage ? Sans se souvenir des quelque cinquante mille morts de janvier, sans compter les arrestations quotidiennes et les exécutions en catimini ? Sans reconnaître que le chaos du Moyen-Orient trouve son origine en Mollahrchie, pourvoyeuse idéologique et financière de toutes les tensions, de tous les attentats, de toutes les déstabilisations, de tous les morts, et de l'impossibilité de la paix.

Cette erreur diplomatique disqualifie déjà la France aux yeux de la Perse de demain. Pendant ce temps, sur les canaux d'informations, c'est un festival de grand n'importe quoi : des chercheurs imaginent qu'il serait possible de négocier avec le président iranien Massoud Pezeshkian qui ferait partie « des gentils », oubliant qu'il a été élu par la grâce de feu le guide suprême Ali Khamenei et qu'il a laissé commettre des massacres depuis son arrivée au pouvoir en 2024 tout en appelant régulièrement à la destruction d'Israël.

La Perse : une histoire millénaire de laïcité et d'innovation

Certains comparent l'avenir de l'Iran à celui de l'Irak, de la Libye, de la Syrie ou de l'Afghanistan, ignorant que la Perse est vieille de près de 4 000 ans. Lorsque Shah Abbas 1er (1588-1629) parvient au pouvoir, il devient le premier souverain au monde à distinguer pouvoir religieux et pouvoir politique, instaurant un mécénat royal qui a laissé à la postérité les plus beaux exemples d'innovations architecturales, telle la grande mosquée d'Ispahan ou la cathédrale arménienne du Saint-Sauveur dans la Nouvelle-Djoufla.

Les enluminures iraniennes et la calligraphie étaient alors à leur firmament, avec l'artiste Reza Abbasi qui peignait des scènes érotiques où l'androgynie des personnages interpelle par sa modernité. Il fut aussi un des premiers artistes orientaux à représenter des Européens sans les caricaturer. La Perse d'Abbas 1er Le Grand fut le premier exemple de globalisation culturelle, aux confluents des cultures ottomanes, mongoles, chinoises et occidentales.

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La démocratie en Iran : des retrouvailles historiques

Cette laïcité originelle se retrouve dans la Constitution iranienne de 1906. Les arts ont toujours constitué un solide rempart contre le fondamentalisme religieux, ce qui explique qu'après la révolution islamique, les œuvres d'art n'ont pas été détruites – cachées aux regards, mais jamais détruites, contrairement aux Talibans qui ont fait exploser les bouddhas de Bamiyan.

C'est ce qui explique la qualité et la modernité du cinéma iranien malgré les mollahs, ce qui donne son sens aux photographes, peintres, architectes, stylistes, sculpteurs iraniens qui n'ont cessé de briller sur tous les continents. La démocratie en Iran ne serait donc pas une importation occidentale, mais des retrouvailles historiques avec sa propre tradition.

L'anti-impérialisme comme alibi de la cécité volontaire

Sur les ondes de la radio publique, un journaliste parle du « quasi pouvoir absolu » de Khamenei, comme si on pouvait relativiser son pouvoir total qui tient entre ses griffes tous les leviers du pouvoir depuis trente-sept ans. Partout, sur les lèvres d'un trop grand nombre de franco-iraniens et de français de gauche exclusivement, resurgissent « l'anti-impérialisme » et « l'antisionisme » qui confine à l'hystérie.

Ces discours reprennent en écho les mêmes arguments que dans les années 1970, minimisant les crimes de la mollahrchie par détestation compulsive de l'Amérique et d'Israël, rejouant l'association funeste entre la gauche et les islamistes qui ont accouché de la mollahrchie. La fureur se tourne même contre le fils du dernier chah d'Iran, Reza Pahlavi, présenté comme une simple fabrication médiatique occidentale, comme si les Iraniens étaient trop idiots pour comprendre ce qu'il représente : une continuité historique et un garant démocratique.

Quand l'idéologie prime sur les vies humaines

Cette relativisation infantilisante de la joie des Iraniens à l'annonce de la mort du tyran Ali Khamenei repose sur l'idée que les Iraniens sont trop cons pour comprendre qu'une intervention extérieure ne peut pas, ne doit pas réussir. Ce discours donne raison à ceux qui pensent qu'une ingérence extérieure est indispensable pour sauver des vies humaines qui valent toujours plus que des idéologies qui ne sont bonnes qu'à tisser des sacs mortuaires.

« Mourir pour des idées, d'accord, mais de mort lente », chantait Georges Brassens. Et si on cessait de mourir pour nourrir des idéologues qui n'ont jamais mené qu'au désespoir ? Et si on célébrait enfin la vie et la démocratie retrouvées dès demain ? La question reste entière, tandis que la position française continue d'interroger et de susciter la colère.