Israël dépense 700 M$ pour sa campagne d'influence aux États-Unis
Israël dépense 700 M$ pour son influence aux États-Unis

Le prochain front de la diplomatie israélienne se trouve peut-être dans une réponse de ChatGPT. Face au recul de son image aux États-Unis, Israël finance une campagne qui ne vise plus seulement les élus ou les éditorialistes, mais aussi les jeunes conservateurs, les auditeurs de podcasts, les utilisateurs de TikTok et les intelligences artificielles qui leur résument l'actualité, comme le rapporte une longue enquête du Wall Street Journal.

Une opinion américaine de plus en plus défavorable

En mars 2026, 60 % des adultes américains interrogés par Pew Research déclaraient avoir une opinion défavorable d'Israël. Une enquête de juillet précise le constat : 42 % porteraient un jugement négatif sur les Israéliens, un chiffre qui grimpe à 69 % lorsqu'il s'agit de leur gouvernement. Le décrochage vise donc d'abord l'exécutif et sa conduite des guerres à Gaza et en Iran. C'est ici qu'entre en scène Brad Parscale : ancien directeur de campagne de Donald Trump, il a signé avec le gouvernement israélien un contrat de plus de 45 millions de dollars pour améliorer l'image de l'État hébreu outre-Atlantique.

Un réseau d'entreprises et de professionnels

Le Wall Street Journal affirme qu'au moins six entreprises ont été engagées aux États-Unis pour participer à cette campagne et qu'une trentaine de professionnels se sont enregistrés comme agents d'Israël. Le pays a prévu plus de 700 millions de dollars en 2026 pour sa diplomatie publique. La droite conservatrice comme premier relais Brad Parscale connaît bien le public visé. Il est aussi directeur de la stratégie de Salem Media, réseau chrétien conservateur qui diffuse notamment les très populaires Hugh Hewitt, Scott Jennings et Lara Trump. D'après les documents consultés par le Wall Street Journal, son contrat prévoit l'intégration d'éléments de communication dans les canaux de diffusion du groupe. Salem Media assure qu'aucun présentateur n'a été payé pour défendre une position précise et que plus de 500 000 dollars ont servi à acheter des publicités. "Nos animateurs ont construit leur carrière en disant exactement ce qu'ils pensent", répond au Wall Street Journal son directeur général, David Santrella.

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Controverse et accusations

Cette proximité avec la droite trumpiste n'a pas empêché la controverse d'atteindre l'exécutif américain. Invité au podcast de Joe Rogan, le vice-président J.D. Vance a accusé certains responsables israéliens de chercher à peser sur l'opinion publique afin de compliquer les négociations avec l'Iran. Brad Parscale dément lui avoir participé à une campagne dirigée contre la politique de Donald Trump. L'opération ne passe pas seulement par les médias. Depuis plusieurs mois, des Américains reçoivent des SMS signés Emma, Sarah, ou John, envoyés au nom d'un groupe appelé Friends for Peace. Le premier message sollicite leur opinion sur Israël ou sur les relations entre Washington et Jérusalem. La conversation se poursuit ensuite grâce à un système d'intelligence artificielle développé par Sparkfire, une entreprise qui avait reçu 6,5 millions de dollars à la mi-mai. Celle-ci précise que des employés interviennent également au cours des échanges.

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Ciblage de la génération Z via les réseaux sociaux

Les SMS ne représentent qu'une partie du programme. D'après le Time Magazine, l’équipe de Parscale doit produire une centaine de contenus chaque mois, dont au moins 80 % destinés à la génération Z. TikTok, Instagram, YouTube et les podcasts ont été retenus pour atteindre un public qui s’informe moins par la télévision et la presse écrite que par des vidéos courtes, des extraits d’entretien et des comptes spécialisés. Une autre société, Show Faith by Works, avait préparé un projet destiné à près de quatre millions de fidèles de megachurches et d'étudiants d'universités chrétiennes dans le Sud-Ouest américain. L'organisation envisageait notamment un ciblage géographique des téléphones et citait Chris Pratt et Stephen Curry parmi les personnalités susceptibles de porter ses messages. L'acteur n'a finalement pas été contacté et le projet a été réorienté vers la création d'un musée itinérant doté de contenus vidéo. Des documents mentionnent également des prestations réalisées par des sociétés appartenant à des influenceurs de droite comme de gauche. Ils ne permettent cependant pas d'établir que le gouvernement israélien ait acheté des publications précises ou dicté leur contenu. Un couple d'influenceurs chrétiens a ainsi reçu 4 500 dollars pour une opération de "promotion marketing stratégique", sans davantage de précisions.

L'influence via les intelligences artificielles

Le volet le plus récent concerne enfin ChatGPT, Claude et Gemini. Toujours selon le Wall Street Journal, les équipes de Brad Parscale produisent des sites, des articles et des pages consacrés aux relations entre Israël et les États-Unis, afin que ces contenus soient mieux repérés par les moteurs de recherche et les outils d'intelligence artificielle. Le pari repose sur une évolution des usages : un nombre croissant d'internautes ne cherche plus seulement une information sur Google, mais demande directement à une intelligence artificielle de la lui expliquer. Les effets de ces dépenses restent, pour l'instant, impossibles à mesurer. Selon le Quincy Institute, Israël est en passe de devenir cette année le premier pays en dépenses d'influence déclarées aux États-Unis. L'opinion américaine n'a peut-être pas changé ; le marché de sa persuasion, lui, se porte très bien.