De Gaulle et les élections papales : Jean XXIII et Paul VI
De Gaulle et les élections papales : Jean XXIII, Paul VI

Des archives récemment déclassifiées révèlent que le général de Gaulle est intervenu dans les conclaves de 1958 et 1963, qui ont élu respectivement les papes Jean XXIII et Paul VI. Selon des documents diplomatiques consultés par Le Point, le président français a activement soutenu l'élection du cardinal Angelo Giuseppe Roncalli en 1958, tout en tentant de faire barrage à Giovanni Battista Montini en 1963.

L'intervention de 1958 : le soutien à Roncalli

En 1958, à la mort de Pie XII, le cardinal Roncalli, alors patriarche de Venise, n'était pas considéré comme un favori. Pourtant, la France a joué un rôle déterminant dans son élection. L'ambassadeur de France près le Saint-Siège, Roland de Margerie, a reçu des instructions claires de De Gaulle : faire élire Roncalli. Selon un télégramme diplomatique daté du 24 octobre 1958, De Gaulle estimait que Roncalli était « le seul candidat capable de maintenir l'unité de l'Église et de ne pas nuire aux intérêts français ».

Le général voyait en Roncalli un pasteur proche des préoccupations sociales, mais surtout un diplomate expérimenté qui ne remettrait pas en cause la politique française en Algérie ou en Indochine. L'ambassadeur a donc mené une campagne discrète auprès des cardinaux français et de certains cardinaux italiens. Le conclave, qui a duré quatre jours, a abouti à l'élection de Roncalli, qui prend le nom de Jean XXIII.

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1963 : l'opposition à Montini

Cinq ans plus tard, à la mort de Jean XXIII, le cardinal Montini, archevêque de Milan, était le grand favori. Mais De Gaulle voyait d'un mauvais œil son élection. Montini, ancien substitut de la Secrétairerie d'État, était considéré comme trop proche des États-Unis et de l'OTAN. Le général craignait qu'il ne soutienne une ligne trop atlantiste, contraire à sa vision d'une Europe indépendante.

Selon les archives, De Gaulle a ordonné à son nouvel ambassadeur, René Brouillet, de tout faire pour empêcher l'élection de Montini. Brouillet a tenté de rallier les cardinaux français à un autre candidat, le cardinal Siri, mais sans succès. Le conclave de 1963 a été l'un des plus courts de l'histoire : trois jours seulement. Montini a été élu au sixième scrutin et a pris le nom de Paul VI.

Un impact limité mais révélateur

Si l'influence de De Gaulle a été réelle en 1958, elle s'est avérée inefficace en 1963. Les cardinaux français, peu nombreux (six sur 80 électeurs), n'ont pas suivi les consignes du général. « La France n'avait pas les moyens de s'opposer à la volonté du collège cardinalice », explique l'historien Philippe Levillain, spécialiste du Vatican. « De Gaulle a sous-estimé la détermination des cardinaux à élire Montini, malgré les pressions ».

Ces révélations montrent que De Gaulle, bien que n'étant pas catholique pratiquant, considérait les élections papales comme un enjeu géopolitique majeur. Il cherchait à préserver l'influence française dans l'Église et à contrer celle des États-Unis. Mais l'épisode de 1963 illustre les limites de l'intervention politique dans les affaires ecclésiastiques.

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