Scaf : le projet d'avion de combat du futur officiellement abandonné
Scaf : le projet d'avion de combat du futur abandonné

Sous assistance respiratoire depuis des mois, le projet Scaf (Système de combat aérien du futur), également appelé « avion de combat du futur », est officiellement mort et enterré. L'Allemagne a annoncé lundi l'arrêt de ce programme lancé en 2017 par Berlin et Paris, rejoints par Madrid. L'Élysée a confirmé l'impossibilité de le maintenir. 20 Minutes fait le point sur la fin de ce qui devait être l'un des plus importants programmes européens de défense des décennies à venir.

Qu'était le Scaf ?

Ce projet visait à doter les trois pays concernés, d'ici à 2040, d'un avion chasseur de sixième génération pour remplacer progressivement le Rafale de Dassault et l'Eurofighter, construit en partie par Airbus. Il reposait sur trois piliers : un avion chasseur de nouvelle génération (le NGF, new generation fighter), des drones collaboratifs et un « combat cloud », un logiciel partagé. L'ensemble du projet, financé à hauteur d'un tiers par chaque pays partenaire, était estimé à une centaine de milliards d'euros.

Pourquoi cela n'a-t-il pas fonctionné ?

Des tensions sont apparues ces dernières années entre les industriels Dassault et Airbus. Éric Trappier, PDG de Dassault, a régulièrement dénoncé « une organisation complexe » et une « opposition de style » entre les partenaires, réclamant un leadership clair sur la partie avion de combat. « L'autre facteur est que les Allemands ont exigé un transfert sur les droits de propriété intellectuelle de Dassault, et celui-ci n'a pas voulu se laisser faire, ce qui nous a conduits à une impossibilité de coopération », explique à 20 Minutes le député de la Seine-et-Marne Jean-Louis Thiériot (Droite Républicaine), membre de la commission de défense.

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Le consultant en risques internationaux Stéphane Audrand estime toutefois que « cette brûlante question de la propriété intellectuelle » n'est que la partie émergée de l'iceberg. « La réalité est que ça ne pouvait pas marcher parce que nous ne voulions pas la même chose, dit-il. La France désirait un avion qui sache tout faire, et qui puisse notamment emporter l'arme nucléaire, mais qu'elle ne peut pas se payer. Dès 2018, les Allemands ont annoncé que pour la capacité nucléaire aérienne, ils achèteraient du F-35 américain. In fine, la seule raison pour laquelle l'Allemagne envisageait, éventuellement, de payer pour des capacités dont la France a besoin, était d'obtenir en retour les propriétés intellectuelles de l'avion, un cadeau que l'État français ne pouvait pas faire, puisque cela appartient à un groupe privé, Dassault. »

Rétrospectivement, on s'aperçoit qu'il s'agissait surtout « d'un programme conçu comme une ambition politique, sans réalité industrielle assumée », ajoute Jean-Louis Thiériot. « La leçon qu'il faut en tirer est qu'une coopération fonctionne lorsqu'elle est mise en place par une volonté industrielle. Les grandes coopérations décidées par le haut finissent par échouer. »

Un plan B déjà en place ?

Dès le lendemain de l'annonce de la fin du Scaf, Airbus a transmis au gouvernement allemand une proposition pour développer un avion de chasse de sixième génération, baptisée « Team Gen 6 », avec sept autres partenaires, dont le missilier européen MBDA et le motoriste allemand MTU Aero Engines. « Ce n'est pas un hasard que l'on sorte ainsi, en vingt-quatre heures, un autre programme, note Jean-Louis Thiériot. En clair, c'était planifié, et tout cela montre que la France n'est pas totalement sortie de l'illusion du couple franco-allemand, alors que l'Allemagne l'est. La relation franco-allemande est importante évidemment, mais pas plus qu'avec la Pologne ou l'Angleterre. »

France et Suède, nouveaux partenaires ?

Le PDG de Dassault n'a cessé d'affirmer que l'entreprise saurait tout faire « toute seule ». Mercredi, la ministre des Armées Catherine Vautrin a assuré devant les sénateurs que « la quasi-totalité » des 2,5 milliards d'euros engagés jusqu'à présent pour développer le Scaf « vont nous permettre de continuer à travailler sur un avion de chasse à l'horizon 2040 ». Si le calendrier paraît ambitieux, le problème reste entier : « La France ne peut pas se payer seule un avion de combat de 6e génération », répète Stéphane Audrand.

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« Cela faisait longtemps que je demandais un plan B, nous y sommes, dit de son côté Jean-Louis Thiériot. Ce sera forcément un programme sous pilotage Dassault, mais dans lequel il faudra aller chercher d'autres partenaires, je pense notamment aux Suédois, car l'avion Gripen de Saab arrive en fin de développement et nous avons une relation de grande qualité. » Stéphane Audrand est moins convaincu : « Je ne suis pas sûr que cela intéresse davantage la Suède d'avoir un avion porteur de l'arme nucléaire. Et je ne pense pas que les relations seraient plus simples entre Dassault et Saab. » D'autres sources avancent que Dassault pourrait se tourner vers des pays comme les Émirats ou l'Inde, « ce qui n'a pas beaucoup de sens », estime Stéphane Audrand.

Le Rafale F5 pour patienter ?

Le député de Seine-et-Marne estime pour conclure qu'il faut « rester calme » dans ce dossier, « car d'ici à 2033, le Rafale doit être porté au format F5, qui pourra encore servir pendant vingt ans. Nous avons donc 20 à 25 ans devant nous pour arriver à un avion de combat de nouvelle génération. C'est une très grosse enveloppe financière, mais lissée sur 20 ans, ce n'est pas insoutenable. »

Le Rafale F5 bénéficiera notamment d'un nouveau moteur « T-REX » aux capacités de propulsion renforcées, qui doit préfigurer le moteur du chasseur de sixième génération. La connectivité du Rafale sera également améliorée avec de premières expérimentations incluant des drones accompagnateurs à l'horizon 2028. « Nous aurions quand même préféré aller directement au chasseur de sixième génération plutôt que de passer par la case du F5, qui permet à Dassault d'étaler la tartine du Rafale le plus longtemps possible », analyse Stéphane Audrand. « Je reste convaincu qu'aujourd'hui, la meilleure des options devant nous sera de retrancher certaines spécifications à notre futur avion de chasse, et que l'avion qu'on pourra se payer ne sera pas au niveau de ce que l'on a rêvé avec le Scaf. »