La marine américaine à court de fonds en pleine guerre contre l'Iran
Marine américaine à court de fonds pendant la guerre en Iran

La marine américaine, engagée dans le conflit contre l'Iran, manque de moyens financiers. Selon des documents et entretiens recueillis par The Guardian, les ressources s'amenuisent rapidement, au point que la maintenance non urgente de certaines installations à terre a déjà été reportée faute de fonds. Harlan Ullman, officier de marine à la retraite interrogé par le média britannique, résume la situation : « La tirelire est cassée. »

Des opérations non budgétisées

Lorsque Donald Trump a déclaré la guerre au régime des mollahs, le 28 février, l'US Navy a été particulièrement sollicitée. Elle a participé au lancement de la première vague d'attaques avant d'être chargée d'assurer un vaste blocus naval. Une mission qui pèse lourdement sur des comptes militaires qui n'avaient pas été conçus pour financer une opération de cette ampleur. « Le budget de l'exercice 2026 n'intégrait pas l'opération Epic Fury », avait averti en mai l'amiral Daryl Caudle, chef des opérations navales, devant le Congrès.

En juin 2026, la Maison-Blanche a demandé au Congrès 67 milliards de dollars de crédits d'urgence pour le département de la Défense, sans préciser quelle part reviendrait à la Marine. La Chambre a ensuite adopté, en juillet, un projet de loi de défense de 1 150 milliards de dollars ainsi qu'une enveloppe de 73 milliards pour la guerre en Iran, rapporte The Guardian. Mais les chances que ces textes deviennent loi restent faibles, notamment en raison de l'impopularité du conflit.

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Réaffectation des ressources

En attendant, la Marine réaffecte ses ressources. Un responsable a expliqué que des fonds initialement destinés aux salaires avaient été utilisés pour couvrir des frais imprévus liés aux opérations à l'étranger, avant d'être reconstitués grâce à des crédits non dépensés.

De son côté, le président revendique depuis longtemps une affinité avec Theodore Roosevelt, qui avait supervisé l'expansion de la Marine américaine au début du XXe siècle et le déploiement de la « Grande Flotte blanche ». L'administration Trump préfère parler de « Flotte dorée ». Et son projet est à la mesure de cette ambition : doter la Marine de ses plus grands navires de combat depuis la Seconde Guerre mondiale.

Un plan ambitieux et coûteux

Selon CNN, le plan prévoit la construction de quinze navires de surface à propulsion nucléaire de 35 000 tonnes entre 2028 et 2056, pour une facture totale estimée à 275 milliards de dollars. Le premier coûterait 23,4 milliards, les suivants environ 18 milliards chacun. Le choix de la propulsion nucléaire, décidé plusieurs mois après l'annonce initiale du projet, alourdit considérablement la facture.

Mais le coût n'est pas le seul problème. Selon le Bureau du budget du Congrès, les chantiers navals américains pourraient ne pas disposer de la capacité nécessaire pour absorber une telle charge, reprend CNN. D'ici 2035, le plan de la Marine entraînerait un doublement, voire davantage, du tonnage de grands navires de combat de surface à produire. Or le secteur connaît déjà des retards et des dépassements de coûts. En 2025, l'ex-secrétaire à la Marine limogé en avril, John Phelan, estimait que le programme phare de construction navale accusait six mois de retard et dépassait son budget initial de 57 %.

Un rêve confronté à la réalité

Cette ambition navale s'inscrit dans l'imaginaire revendiqué par Donald Trump, souligne le New York Times. En septembre dernier, le président évoquait devant des chefs militaires la série télévisée des années 1950 Victory at Sea, consacrée au rôle de la Marine pendant la Seconde Guerre mondiale. « Je pense que nous devrions peut-être commencer à envisager les cuirassés », avait-il lancé. Toutefois, les cuirassés ont joué un rôle moindre lors des batailles du Pacifique dans les années 40, précise le quotidien américain, les porte-avions plus récents s'étant révélés plus polyvalents et plus efficaces pour combattre les Japonais en mer.

Reste que le rêve de puissance maritime de Trump se heurte à des limites plus prosaïques : le manque de moyens. La marine américaine doit donc jongler entre ses engagements opérationnels et ses ambitions de modernisation, alors que le conflit en Iran continue de peser sur des finances déjà tendues.

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