Invité par la Fondation pour la maîtrise des enjeux stratégiques, Philippe Perchoc, directeur de l'Institut de recherche stratégique de l'École militaire Europe à Bruxelles, a donné ce jeudi à Toulon une conférence sur la défense européenne. Il prévient que l'Europe n'a pas l'expérience de la guerre moderne, notamment avec l'utilisation massive de drones.
Qu'est-ce que la défense européenne ?
Selon Philippe Perchoc, la défense européenne ne se limite pas aux institutions comme l'Union européenne ou l'OTAN. Il s'agit pour les Européens de s'auto-organiser face aux menaces venant de l'est avec la Russie, du sud avec l'Iran, et même de l'ouest, comme l'ont montré les prétentions américaines sur le Groenland.
Progrès récents et défis industriels
L'expert souligne que plus de progrès ont été accomplis dans les cinq dernières années que dans les cinquante précédentes. Les États européens ont pris conscience que les États-Unis pourraient donner la priorité à leurs propres armées, indépendamment de l'administration Trump. Cependant, les tensions industrielles persistent : chaque pays a une relation différente avec son industrie de défense. La France adopte une approche colbertiste, tandis que d'autres pays privilégient leurs propres industries, ce qui freine la création d'une autorité équivalente à la direction générale de l'armement française.
Impact de la guerre en Ukraine
L'invasion de l'Ukraine en février 2022 a été un tournant, surtout pour l'Europe de l'Ouest. La Pologne, qui consacre 5 % de son PIB à la défense, et la Lituanie, qui a rétabli le service national dès 2015, avaient déjà pris conscience de la menace russe après l'annexion de la Crimée en 2014.
Capacité à se défendre seule
Interrogé sur la capacité de l'Europe à se défendre seule face à une agression russe, Philippe Perchoc cite un rapport de l'Institut français des relations internationales (Ifri) qui détaille les forces et faiblesses militaires européennes. Il note que la Russie a une économie entièrement tournée vers la guerre, tandis que l'UE a une économie de paix. Il reprend la déclaration du Premier ministre polonais Donald Tusk en mars 2025 : « Il y a un manque de courage et d'imagination en Europe. 500 millions d'Européens demandent à 300 millions d'Américains de les défendre contre 140 millions de Russes. »
Dissuasion nucléaire française
La dissuasion nucléaire française, notamment le principe de dissuasion avancée présenté par Emmanuel Macron, contribue à la sécurité européenne en compliquant le calcul des adversaires. Avec l'arsenal britannique, cela structure le partage des responsabilités. Les autres pays doivent faire des efforts en matière de détection, de missiles et de capacités spatiales, ce que Philippe Perchoc appelle « l'épaulement ».
La conférence s'est tenue ce jeudi 4 juin entre 18h30 et 20h00 dans l'amphithéâtre 500 de la Faculté de droit de Toulon, sur inscription préalable.



