La CIA a discrètement créé une cellule secrète dédiée à Cuba, selon une information révélée par le New York Times dans son édition du mercredi 5 août. Cette structure, déjà opérationnelle, a pour objectif de permettre à l'agence de mobiliser rapidement des moyens financiers, humains et techniques sur l'île, afin de diviser la classe dirigeante cubaine et de l'inciter à adopter les réformes économiques et politiques voulues par Donald Trump.
Un outil pour affaiblir le régime cubain
Washington estime en effet que les dirigeants cubains maintiennent une ligne anti-américaine trop rigide. La Maison-Blanche espère favoriser l'émergence de responsables jugés plus « pragmatiques et plus ouverts à ses demandes », précise le quotidien new-yorkais. Cette initiative s'inscrit dans un contexte de tensions ravivées entre La Havane et Washington, après une brève période de détente amorcée en 2015 avec le rétablissement des relations diplomatiques.
Contrairement à la première unité spéciale de la CIA pour Cuba, créée en 1960, cette cellule secrète dispose d'un mandat plus restreint : pas de partenaires cubains organisés ni d'autorisation pour des opérations létales. Toutefois, ce mandat peut être modifié et élargi à tout moment par le président américain, souligne le journal.
Recrutement et missions de la cellule
La cellule a déjà commencé à recruter ses officiers, qui seront chargés de recruter de futurs espions, des analystes du renseignement, des spécialistes des opérations cyber ainsi que des officiers dédiés aux opérations d'influence. Leurs missions incluent la collecte de renseignements sur les activités des dirigeants cubains et d'autres membres de la classe politique, avec une attention particulière portée aux flux financiers opaques et aux transactions commerciales sur l'île et à l'étranger.
L'agence pourrait à terme rendre ces informations publiques afin d'influencer les dirigeants cubains et l'opinion publique, une stratégie déjà utilisée contre d'autres adversaires, notamment la Russie, rapporte le New York Times.
Un effort plus large du renseignement américain
Cette cellule s'inscrit dans un effort plus large du renseignement américain pour améliorer sa compréhension du terrain cubain. L'administration Trump a récemment classé l'île au rang de « Priorité 1 », au même niveau que l'Iran, la Russie et la Chine. La NSA et la National Geospatial-Intelligence Agency ont déployé leurs moyens, y compris des satellites, vers Cuba, afin de fournir à l'armée américaine une connaissance actualisée du terrain et de ses enjeux en cas d'action militaire.
Ce renforcement des capacités répond aux plaintes de cadres de l'armée et du renseignement, qui déploraient de disposer d'informations obsolètes, indique le quotidien.
Des tensions croissantes entre Washington et La Havane
Les relations entre les deux pays se sont à nouveau enflammées ces derniers mois. En mai 2026, après plusieurs incidents, le directeur de la CIA, John Ratcliffe, a été envoyé à La Havane par la Maison-Blanche pour rencontrer Raul Rodriguez Castro, un officier de la sécurité de l'État. À cette occasion, l'Américain a averti son homologue : les États-Unis perçoivent Cuba comme un adversaire digne de ce nom, mais aussi comme un partenaire potentiel, à condition que l'île mette en œuvre rapidement les changements politiques souhaités par Donald Trump, sous peine de connaître le même sort que le Venezuela.
Carlos Fernandez de Cossio, vice-ministre cubain des Affaires étrangères, a réagi dans les colonnes du New York Times : « Ces intentions n'ont rien de surprenant, puisque Cuba est depuis longtemps la cible des actions d'espionnage, de subversion et de déstabilisation menées par la CIA, y compris le terrorisme », a-t-il fustigé.
La création de cette cellule secrète marque une escalade dans la stratégie américaine à l'égard de Cuba, qui pourrait avoir des conséquences majeures sur la stabilité de l'île et sur les équilibres géopolitiques régionaux.



