Un projet de déviation controversé dans l'Oise
Le ton monte à La Chapelle-en-Serval, dans l'Oise, à l'occasion de l'ouverture de l'enquête publique sur le projet de déviation de la D1017, une route départementale très fréquentée qui traverse cette commune de 3 200 habitants. Des riverains, réunis au sein du collectif Cœur Capellois, ont lancé une pétition intitulée « La Chapelle, ses HLM et son périph’ », dénonçant un projet qui, selon eux, favorise la bétonisation et menace des espaces naturels protégés.
Les craintes des opposants
Les opposants estiment que cette déviation, destinée à contourner le centre-bourg, ouvrirait la voie à de nouvelles constructions immobilières et accélérerait l'urbanisation de la commune, située à la frontière du Val-d'Oise. « Ajouter une déviation à ce contexte, c’est passer d’un village paisible à une ville moyenne banalisée, bruyante, congestionnée et défigurée », écrivent-ils dans leur texte. Muriel Jauneau, habitante depuis 1991 et à l'origine de la pétition, affirme que le plan local d'urbanisme (PLU) prévoit déjà une capacité d'accueil de 7 000 personnes, soit plus du double de la population actuelle. « Ce projet va permettre à la municipalité de construire encore plus de logements, de bétonner à foison et à terme de défigurer notre village », déplore-t-elle.
Les opposants pointent également les conséquences environnementales. Le tracé envisagé traverse plusieurs zones naturelles protégées, dont des espaces classés et des ZNIEFF (zones naturelles d'intérêt écologique, faunistique et floristique) dans les massifs forestiers de Chantilly et d'Ermenonville. Didier Malé, président de l'association de défense de l'environnement Le Roso, s'inquiète : « Comme d'habitude, on va nous présenter des mesures compensatoires… »
La défense du maire
Face à ces critiques, le maire (SE) Daniel Dray défend un projet qu'il juge « indispensable ». Selon lui, près de 20 000 véhicules empruntent chaque jour la D1017, ce qui empêche de réaménager le centre-ville. « Le village est coupé en deux, explique-t-il. Avec cette départementale, je ne peux pas refaire la rue comme je le souhaite, avec des pistes cyclables, des places de parking ou un cœur de ville agréable. » Il conteste toute volonté de bétonisation massive : « Depuis 2014, on construit seulement six appartements par an. Ce projet est réclamé par tout le monde à part quelques-uns. »
Le maire rappelle que le projet est étudié depuis une dizaine d'années avec le conseil départemental de l'Oise et devra franchir plusieurs étapes environnementales avant un éventuel lancement des travaux, prévu « d'ici 2030 ». Il assure que des mesures compensatoires seront prévues et affirme avoir réduit les zones constructibles du PLU de 50 à 17 hectares.
Un enjeu d'aménagement du territoire
Ce débat s'inscrit dans une réflexion plus large sur l'étalement urbain. Selon le ministère de la Transition écologique, près de 24 000 hectares d'espaces naturels, agricoles et forestiers ont été artificialisés chaque année en moyenne en France entre 2011 et 2021, soit près de cinq terrains de football bétonnés chaque heure. La loi Climat et Résilience fixe un objectif de « zéro artificialisation nette » des sols d'ici 2050, ce qui rend ce type de projet de plus en plus controversé.



