La chambre régionale des comptes (CRC) Provence-Alpes-Côte d'Azur a publié le 3 juillet 2026 ses conclusions définitives sur le contrôle des comptes et de la gestion de la communauté d'agglomération Sud Sainte Baume (CASSB) pour les exercices 2019 et suivants. Le rapport, particulièrement sévère, pointe des insuffisances significatives dans la gouvernance, l'exercice des compétences, la situation financière et la gestion des ressources humaines, et formule quatre recommandations pour remettre l'intercommunalité sur les rails.
Une gouvernance fragilisée par l'instabilité
Le rapport met en évidence une gouvernance instable, avec un conseil communautaire souffrant d'un déficit de représentativité. Le bureau et le président concentrent les décisions, mais leur action est entravée par une mise en œuvre incomplète des dispositifs de gouvernance. La conférence des maires est inactive et les commissions thématiques peu opérationnelles. Aucun projet de territoire ni pacte de gouvernance n'a été formalisé.
Cette fragilité institutionnelle est illustrée par le turnover à la présidence : depuis 2019, cinq présidents se sont succédé, dont deux à titre intérimaire, avant l'élection de Pierre Luciano, maire de Saint-Cyr, en avril 2026. Ferdinand Bernhard (Sanary) a démissionné en octobre 2021, suivi de Blandine Monier (Evenos) en janvier 2025, et Jean-Paul Joseph (Bandol) n'a présidé que quelques mois.
Des compétences élargies mais une mise en œuvre à améliorer
La CASSB exerce des compétences variées (développement économique, aménagement du territoire, environnement, mobilités), mais la mutualisation avec les communes membres reste limitée. Des difficultés opérationnelles persistent, notamment dans la gestion de l'eau, où les budgets annexes présentent des déficits nécessitant des subventions exceptionnelles.
Indicateurs financiers satisfaisants mais sous surveillance
Avec un budget consolidé de 82,5 millions d'euros en recettes de fonctionnement, la CASSB dispose d'indicateurs globalement satisfaisants. Cependant, des insuffisances demeurent dans la fiabilité des comptes et la planification pluriannuelle. Les budgets annexes de l'eau et des transports sont déficitaires.
Des ressources humaines en difficulté
La gestion des ressources humaines, avec 89 agents en 2024, est marquée par un turn-over important sur les fonctions d'encadrement et un rattachement irrégulier de services administratifs au cabinet. Le pôle RH manque de moyens et d'outils pour un pilotage efficace, notamment en matière de prévention des risques professionnels.
Quatre recommandations de la CRC
La chambre liste quatre recommandations : mettre en place une réflexion stratégique globale pour définir un projet commun de territoire ; définir l'intérêt communautaire pour l'ensemble des compétences ; réaliser une réflexion financière, opérationnelle et organisationnelle pour éclairer les arbitrages ; élaborer le document unique d'évaluation des risques professionnels et le programme annuel de prévention.
Réactions du président : des actions déjà engagées
Lors du conseil communautaire du 29 juin, le président Pierre Luciano a estimé que le rapport souligne des points à améliorer mais aussi un travail entrepris depuis 2020. Il a énuméré des actions déjà menées : révision des statuts, clarification des délégations aux vice-présidents, adoption des règlements intérieurs des commissions, renforcement de la direction générale des services depuis septembre 2025. Il a reconnu qu'il reste à élaborer le pacte de gouvernance, fiscal et financier, à améliorer la mutualisation des services, à traiter le dossier de l'eau et de la déviation du Beausset, et à renforcer la prévention des conflits d'intérêts.
Inquiétudes sur les conditions de travail
L'élu d'opposition Frank Caramello s'est inquiété des conditions de travail des agents, la CRC relevant un risque de compromission de la qualité de vie au travail. Le président Luciano a promis une montée en compétences de l'administration et la mise en place de pôles intercommunautaires pour mutualiser les moyens, avec un projet politique présenté à la rentrée 2026.



