Quelle que soit la température extérieure, ils refusent de porter des shorts ou des sandales, quitte à souffrir en silence. Pour eux, l'association jean-baskets n'est pas un choix vestimentaire : c'est une donnée fondamentale du vivant. Pourtant, alors qu'une canicule d'une intensité exceptionnelle écrase le pays sous des températures record, ces hommes sont les grands oubliés des campagnes de prévention.
Un appel des urgentistes
Dans une tribune, des membres de l'Association des Médecins urgentistes de France tirent la sonnette d'alarme. « Depuis plusieurs jours, une canicule d'une intensité exceptionnelle écrase le pays sous des températures record. Comme à chaque épisode de ce type, les pouvoirs publics rappellent les risques auxquels sont exposées les populations vulnérables : les personnes âgées, les jeunes enfants. Mais une catégorie, particulièrement fragile, est systématiquement absente des campagnes de prévention. Une population oubliée, qui souffre en silence : les hommes qui portent des jeans quelle que soit la saison », écrivent-ils.
Une population invisible
« Qui sont-ils ? Combien sont-ils ? Faute d'études dédiées, nous ne le savons pas. Nous les voyons pourtant, traversant les places écrasées de soleil, assis sur des terrasses brûlantes, debout dans les rames surchauffées du métro, feignant l'aisance alors que leur entrejambe est piégé sous d'épaisses... », poursuit le texte, qui dénonce un angle mort de la santé publique.
Les autorités sanitaires rappellent pourtant régulièrement les gestes à adopter en période de forte chaleur : s'hydrater, se rafraîchir, éviter les efforts. Mais nulle part il n'est question de renoncer au denim. Selon les médecins, le jean, par son tissu épais et peu respirant, peut aggraver les risques de coup de chaleur, notamment chez les hommes qui le portent par habitude ou par pudeur.
Un phénomène culturel
Ce refus du short et de la sandale n'est pas anodin. Il témoigne d'une norme sociale tenace, qui associe le jean à une certaine idée de la virilité et de la décontraction urbaine. « Pour eux, le jean n'est pas un vêtement comme un autre, c'est une seconde peau », analyse un sociologue interrogé par nos confrères. Mais cette seconde peau peut devenir une prison de chaleur.
Alors que la canicule devrait durer encore plusieurs jours, les urgentistes appellent à une prise de conscience : « Il est temps d'intégrer ces hommes dans les messages de prévention. Leur santé en dépend. »



