Stéphane Roudaut, l'héritier de Chirac qui a conquis Brest après 37 ans de règne socialiste
Roudaut, l'héritier de Chirac qui conquiert Brest après 37 ans PS

La conquête inattendue de Brest par un héritier de Chirac

Stéphane Roudaut, 48 ans, candidat divers droite, a réalisé un exploit politique majeur en s'emparant de la mairie de Brest, une ville dirigée par la gauche sans interruption depuis trente-sept longues années. Élu officiellement samedi avec 57% des voix, il incarne une rupture historique dans le paysage politique brestois.

Un mimétisme frappant avec l'ancien président

Sur les marches de l'hôtel de ville, les bras levés en signe de victoire, Stéphane Roudaut reproduit inconsciemment les postures iconiques des meetings de Jacques Chirac. « Franchement, ce n'était pas volontaire », assure pourtant cet admirateur déclaré de l'ancien maire de Paris, qui reconnaît devoir à Chirac son engagement politique précoce à l'âge de 17 ans.

« Mes copains de lycée m'avaient surnommé Chirac, parce que j'en parlais quand même beaucoup... », confie-t-il avec humour. Ce qui fascinait le jeune Roudaut chez l'ancien président, c'était avant tout « l'animal politique », son exceptionnelle capacité d'écoute, sa poignée de main chaleureuse et son regard direct. Des qualités qu'il partage aujourd'hui avec son mentor, bien qu'avec une exubérance légèrement plus mesurée.

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Un candidat au profil atypique

Issu d'une « famille de gauche » partagée entre CFDT et CGT, avec deux grands-pères ouvriers à l'Arsenal de Brest, Stéphane Roudaut cultive des origines populaires qui contrastent avec son étiquette politique. Son père, sous-marinier, est décédé d'un cancer généralisé alors qu'il n'avait que 12 ans, contraignant sa mère à devenir aide-soignante puis agent d'accueil à l'Arsenal.

« Si je n'avais pas eu les APL, si je n'avais pas eu ma bourse universitaire, je n'aurais pas fait d'études », souligne l'élu, profondément marqué par la « fracture sociale » popularisée par Jacques Chirac lors de la campagne présidentielle de 1995. Diplômé de philosophie politique à la Sorbonne, adepte de course à pied et de football, il a suivi un parcours académique qui l'a préparé à l'exercice du pouvoir.

Une campagne centrée sur la sécurité

Pour conquérir Brest, Stéphane Roudaut a mené une campagne résolument axée sur les questions de sécurité, s'inscrivant dans la lignée du Chirac de 2002. Se présentant comme le « premier flic de la commune », il a notamment promis le recrutement de 150 policiers municipaux armés, dans la dernière grande ville française à en être dépourvue.

Mais le candidat a veillé avec soin à ne pas rebuter les électeurs de gauche, plusieurs figurant d'ailleurs sur sa liste municipale. « On peut discuter avec lui, il est ouvert. Je n'ai pas l'impression qu'il soit dogmatique par rapport à son positionnement de droite », témoigne l'ancien adjoint au maire socialiste Thierry Fayret, qui a voté pour lui.

Le charisme d'un homme de terrain

« On voit qu'il prend plaisir à s'arrêter, à serrer la main, à bavarder et à taper la discut' au bistrot », décrit son ami Maël de Calan, président divers droite du département du Finistère. « Vous passez cinq minutes avec Stéphane Roudaut, vous avez envie de boire une bière avec lui ».

Ce goût prononcé pour le contact direct a vraisemblablement pesé dans la balance face au maire socialiste sortant, François Cuillandre, 71 ans, réputé pour son caractère peu avenant. La personnalité chaleureuse de Roudaut a su séduire bien au-delà des frontières traditionnelles de son camp politique.

L'apprentissage à Gouesnou

Stéphane Roudaut s'était fait connaître dans le paysage politique brestois en tant que maire de la petite commune de Gouesnou, qui compte environ 6 500 habitants. Après un passage dans l'opposition au conseil municipal de Brest entre 2008 et 2014, il avait déménagé dans ce bourg situé à quelques kilomètres au nord de l'agglomération pour en devenir le premier magistrat en 2014.

Son bilan à Gouesnou lui a valu une réélection triomphale six ans plus tard, avec 76% des suffrages dès le premier tour. « C'était quelqu'un d'extraordinaire, proche des gens et qui sait écouter », souligne Jeanne, une Gouesnousienne de 73 ans. « Même l'opposition n'avait pas beaucoup de critiques ! »

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Des ambitions limitées à Brest

Contrairement à son mentor Jacques Chirac, Stéphane Roudaut assure ne nourrir aucune ambition nationale. « Moi, c'est Brest et rien que Brest ! », déclare-t-il fermement, s'engageant par ailleurs à ne pas effectuer plus de deux mandats à la tête de la ville.

Cette limitation volontaire de ses ambitions politiques contraste avec le parcours de l'ancien président, mais correspond à l'image d'un élu profondément attaché à son territoire. « C'est un candidat un peu rond, lisse et sympathique, c'est indéniable », admet un élu de la nouvelle opposition de gauche, qui exprime cependant des craintes concernant d'éventuelles mesures sociales.

La victoire de Stéphane Roudaut à Brest marque ainsi non seulement la fin de trente-sept années de domination socialiste, mais aussi l'émergence d'une nouvelle génération d'élus de droite, héritiers de la tradition chiraquienne tout en cultivant leur propre style, plus proche des préoccupations quotidiennes des citoyens.