RN : deux clans attendent le jugement de la délivrance
RN : deux clans attendent le jugement de la délivrance

Le 7 juillet prochain, le tribunal correctionnel de Paris rendra son verdict dans l'affaire des assistants parlementaires du Front national (devenu Rassemblement national). Ce jugement est attendu avec une fébrilité particulière par les deux clans qui divisent le parti de Marine Le Pen. D'un côté, les « réalistes » redoutent une condamnation qui pourrait fragiliser la machine électorale. De l'autre, les « puristes » espèrent une sanction qui permettrait de trancher dans le vif et de purger le parti de ses éléments jugés trop modérés.

Une attente sous tension

Depuis des semaines, les couloirs du RN bruissent de spéculations. « Ce sera peut-être un coup de poignard, mais ça tranchera », confie un cadre du parti sous couvert d'anonymat. Cette phrase résume l'état d'esprit de ceux qui voient dans une éventuelle condamnation une opportunité de rupture. Pour eux, le procès est l'occasion de se débarrasser de l'image « trop lisse » que cherche à imposer la direction actuelle, incarnée par Marine Le Pen et Jordan Bardella.

À l'inverse, les « réalistes » s'inquiètent des conséquences électorales. « Une condamnation, même avec sursis, serait désastreuse pour notre crédibilité auprès des électeurs », explique un député RN. Selon un sondage interne que s'est procuré Libération, 62% des sympathisants RN estiment que le parti doit « rester dans le cadre républicain » et éviter toute radicalisation. Ce chiffre illustre le fossé qui sépare les deux tendances.

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Les enjeux du procès

L'affaire porte sur des soupçons d'emplois fictifs au Parlement européen entre 2004 et 2016. Le préjudice total est estimé à 6,8 millions d'euros. Vingt-sept personnes sont poursuivies, dont Marine Le Pen, qui encourt une peine d'inéligibilité. Le parquet a requis 5 ans d'inéligibilité avec exécution provisoire, ce qui pourrait l'empêcher de se présenter à la présidentielle de 2027. « Ce serait un coup de tonnerre politique », analyse un politologue.

Pour les « puristes », une telle sanction serait libératrice. Elle permettrait de « revenir aux fondamentaux » et de « rompre avec la stratégie de dédiabolisation », selon un ancien cadre du parti. Ils voient en Marine Le Pen une figure trop consensuelle, qui aurait trahi l'héritage de Jean-Marie Le Pen. « Il faut en finir avec cette politique de compromission », martèle un élu local.

Une division générationnelle

Le clivage recoupe en partie une fracture générationnelle. Les « anciens », proches de Jean-Marie Le Pen, sont favorables à une ligne dure. Les « modernes », autour de Jordan Bardella, privilégient une approche plus pragmatique. Selon une source interne, « Bardella est conscient que le parti doit s'élargir pour gagner. Une condamnation de Marine Le Pen serait un boulet pour lui. »

Pourtant, certains estiment que le jugement pourrait au contraire souder le parti. « Les électeurs se mobilisent toujours quand ils sentent que leur camp est attaqué par la justice », rappelle un stratège RN. En 2015, après la condamnation de Jean-Marie Le Pen pour négationnisme, le parti avait enregistré une hausse des adhésions.

L'incertitude du verdict

Alors que l'audience de plaidoirie s'est achevée le 27 juin, les juges ont mis l'affaire en délibéré. La décision sera rendue le 7 juillet à 14h. Les deux clans retiennent leur souffle. « Quoi qu'il arrive, ce jugement laissera des traces », prédit un avocat du parti. Le RN, qui espère incarner une alternance crédible, joue peut-être son avenir dans ce prétoire.

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