Le Conseil d’État a tranché : le recours déposé par des députés du Rassemblement national (RN) contre la nomination de Najat Vallaud-Belkacem à la Cour des comptes a été jugé irrecevable. La plus haute juridiction administrative française a rendu sa décision le 29 juin 2026, mettant fin à une contestation qui durait depuis plusieurs mois.
Une nomination contestée dès le départ
Najat Vallaud-Belkacem, ancienne ministre de l’Éducation nationale sous François Hollande, avait été nommée à la Cour des comptes en janvier 2026 par décret du président de la République. Cette nomination avait immédiatement suscité des critiques de la part de l’opposition, en particulier des députés RN, qui estimaient que l’ancienne ministre ne remplissait pas les conditions nécessaires pour occuper un tel poste.
Les élus RN avaient saisi le Conseil d’État en février 2026, arguant que la nomination violait les règles de déontologie de la Cour des comptes. Selon eux, Najat Vallaud-Belkacem aurait dû observer un délai de trois ans entre la fin de ses fonctions ministérielles et son entrée à la Cour, conformément à l’article 11 de la loi du 22 février 2021. Or, elle avait quitté le gouvernement en 2017, soit neuf ans auparavant.
Un recours jugé irrecevable pour défaut de qualité à agir
Dans sa décision, le Conseil d’État a estimé que les députés RN n’avaient pas qualité pour agir contre une nomination individuelle. La juridiction a rappelé que les parlementaires ne peuvent contester une nomination que si elle affecte directement les prérogatives de l’Assemblée nationale ou du Sénat, ce qui n’était pas le cas en l’espèce.
« Le recours est irrecevable, faute pour les requérants de justifier d’un intérêt leur donnant qualité pour agir », a indiqué le Conseil d’État dans son arrêt. Cette décision confirme une jurisprudence constante selon laquelle les nominations individuelles ne peuvent être attaquées par des parlementaires agissant seuls.
Les arguments des députés RN rejetés sur le fond
Au-delà de la question de la recevabilité, le Conseil d’État a également examiné les arguments de fond soulevés par les députés RN. Ces derniers faisaient valoir que Najat Vallaud-Belkacem ne pouvait pas être nommée à la Cour des comptes en raison de son passé politique. Ils estimaient que sa nomination portait atteinte à l’impartialité et à l’indépendance de l’institution.
La haute juridiction a rejeté cet argument, considérant que l’ancienne ministre remplissait toutes les conditions légales pour occuper ce poste. « La nomination de Mme Vallaud-Belkacem respecte les dispositions législatives et réglementaires applicables », a précisé le Conseil d’État. Il a notamment souligné que le délai de trois ans prévu par la loi n’était pas applicable, car celle-ci n’était pas en vigueur au moment où elle a quitté le gouvernement.
Une décision qui met fin à une polémique
Cette décision du Conseil d’État met un terme à une polémique qui avait agité le monde politique. Najat Vallaud-Belkacem, qui a également été ministre des Droits des femmes et porte-parole du gouvernement, est désormais installée à la Cour des comptes, où elle occupe un poste de conseillère référendaire.
Interrogé par l’AFP, un porte-parole de la Cour des comptes a salué la décision du Conseil d’État, rappelant que « la nomination de Mme Vallaud-Belkacem s’est faite dans le respect des procédures et des règles de déontologie ». De leur côté, les députés RN ont indiqué qu’ils ne comptaient pas se pourvoir en cassation, acceptant ainsi la décision de la plus haute juridiction administrative.
Les implications pour les futures nominations
Cette affaire pourrait faire jurisprudence pour les futures nominations de personnalités politiques à des postes au sein d’institutions indépendantes. Le Conseil d’État a en effet rappelé que les parlementaires ne peuvent pas contester individuellement ce type de nominations, ce qui limite les possibilités de recours de l’opposition.
Selon un professeur de droit public interrogé par Le Monde, « cette décision confirme que les nominations présidentielles sont difficilement contestables par les parlementaires, sauf à démontrer un intérêt direct et personnel ». Il ajoute que « le Conseil d’État a également validé le principe selon lequel les anciens ministres peuvent être nommés à la Cour des comptes, sous réserve de respecter les délais légaux ».
Najat Vallaud-Belkacem, âgée de 51 ans, est la première femme d’origine marocaine à siéger à la Cour des comptes. Elle a débuté sa carrière politique comme conseillère municipale à Lyon avant de devenir ministre en 2012. Sa nomination avait été critiquée par certains, mais saluée par d’autres comme un signe d’ouverture.



