Le rapport tant attendu sur l'audiovisuel public, rédigé par le député de l'Hérault Charles Alloncle, sera officiellement publié demain. Ses propositions phares sont déjà connues : la suppression de France 4 et de la radio Mouv', la fusion de France 2 et de France 5, une réduction du budget consacré aux jeux et divertissements, ainsi que des mesures d'économie visant à dégager un milliard d'euros. Cependant, ces recommandations ne sont qu'un écran de fumée. La véritable intention, portée par l'extrême droite, serait la privatisation de l'audiovisuel public, notamment si Marine Le Pen ou Jordan Bardella accèdent à l'Élysée.
Un rapport biaisé et partial
Ce rapport passe sous silence les forces indéniables du service public audiovisuel français : la qualité de l'information, la couverture des grands événements, le soutien à la création, le large maillage territorial et un coût inférieur à celui d'autres mastodontes publics européens. En revanche, il exagère ses faiblesses, comme la bureaucratie, une masse salariale jugée trop lourde et une ligne éditoriale parfois considérée comme biaisée. Ce document s'inscrit dans une bataille culturelle contre le « wokisme », le « gauchisme » et la « gabegie », au profit du « camp national ». Il aurait pu être l'occasion d'une réflexion approfondie sur les missions du service public, mais il n'en est rien.
Charles Alloncle, un député controversé
Ce rapport marque surtout l'ascension d'un « nobody » devenu star dans la fachosphère : Charles-Henri Alloncle. Fils de préfet, ayant grandi à Versailles et été scolarisé dans un lycée privé catholique, proche des anciens de la Manif pour tous, il incarne le néoconservateur. Après avoir échoué à percer dans les milieux sarkozystes, il se fait élire député sous les couleurs ciottistes en 2024. Selon Street Press, il recrute des collaborateurs issus de l'UNI et des Scouts d'Europe, pépinières de l'extrême droite, ainsi que de l'association Ichtus, qui vise à la renaissance d'une France chrétienne et forte. Les Jours révèlent qu'il figure parmi les administrateurs d'un groupe Facebook au racisme décomplexé, dont il assure tout ignorer.
Des méthodes agressives et des mensonges
La commission d'enquête a mis en lumière ses nombreuses contre-vérités, notamment sur les frais de cocktail ou une prétendue réception chez Maxim's. Il confond allègrement chiffre d'affaires et marge, et multiplie les obsessions, comme vouloir dévoiler les rémunérations des cadres et des journalistes. La députée socialiste Ayda Hadizareh dénonce « des attaques ad hominem proches de la diffamation, des insinuations et des mensonges ». Le prix Goncourt Nicolas Mathieu le compare aux caricatures de Daumier : « Calomniateur, publiciste de ses mensonges, tronqueur des répliques qu'on lui opposait, organisé comme un contrebandier, infatigable et trônant, il sema la zizanie, mêlant la belladone de ses paroles au tranchant de ses rictus. »
Il n'hésite pas non plus à désigner des animateurs à la vindicte populaire, prenant Nagui pour cible avec des accusations au conditionnel, destinées à être reprises par des médias amis. Le patron de « N'oubliez pas les paroles » sera victime de raids numériques comprenant insultes racistes et menaces de mort. Son attitude partisane et agressive, son goût pour l'invective, son usage compulsif du réseau X et sa surexposition médiatique transforment la commission en tribunal politique, au point d'être rappelé à l'ordre par Yaël Braun-Pivet, présidente de l'Assemblée nationale. Le point d'orgue : son « J'accuse » en une de l'Incorrect, qui a dû faire se retourner Zola dans sa tombe.
En résumé, un spectacle navrant, un héros médiocre, un rapport pitoyable. Quel gâchis.



