À quelques semaines des élections législatives, les écologistes français sont en proie à une vive inquiétude. Selon une enquête du Point, plusieurs figures du mouvement redoutent une « rasade » électorale, c'est-à-dire une quasi-disparition de leur représentation à l'Assemblée nationale. Face à ce scénario, l'idée d'un rapprochement avec Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise (LFI) refait surface, suscitant débats et tensions internes.
Une menace existentielle pour les Verts
Le constat est sans appel pour les écologistes : les sondages actuels les placent sous la barre des 5 % d'intentions de vote, seuil minimal pour espérer obtenir des sièges. « Nous risquons de perdre la quasi-totalité de nos députés », confie un cadre d'Europe Écologie Les Verts (EELV) au Point, sous couvert d'anonymat. Le parti, qui comptait 23 députés dans la précédente législature, pourrait voir son groupe parlementaire réduit à une poignée d'élus, voire disparaître complètement.
Cette menace existentielle pousse les dirigeants écologistes à envisager des alliances stratégiques. L'option la plus discutée est celle d'un accord avec LFI, qui a déjà montré sa capacité à fédérer une large coalition de gauche lors de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) en 2022. Cependant, les relations entre les deux formations se sont dégradées depuis, notamment sur la question de la ligne politique à adopter.
Le spectre d'une alliance avec Mélenchon
L'idée d'un rapprochement avec Jean-Luc Mélenchon divise profondément les écologistes. D'un côté, les partisans de l'alliance y voient une bouée de sauvetage électorale. « Sans accord, nous serons balayés. Mélenchon peut nous offrir une visibilité et des circonscriptions gagnables », explique un député sortant EELV, cité par Le Point. De l'autre, les opposants redoutent une perte d'identité et une soumission à une ligne politique jugée trop radicale.
« Nous ne sommes pas un satellite de La France insoumise. Notre écologie politique est distincte et doit le rester », rétorque une élue écologiste, également citée par l'hebdomadaire. Le débat est d'autant plus vif que les négociations avec LFI butent sur des divergences programmatiques, notamment sur le nucléaire, l'Europe ou la laïcité.
Des négociations en coulisses
Selon Le Point, des discussions discrètes ont déjà eu lieu entre des émissaires d'EELV et de LFI. Les contours d'un éventuel accord restent flous, mais plusieurs scénarios sont évoqués : une alliance de second tour, un partage des circonscriptions, ou une candidature commune sous une bannière écologiste. « Rien n'est encore signé, mais les discussions avancent », confie une source proche des négociations au journal.
Le temps presse. La date limite de dépôt des candidatures est fixée à la mi-juin, et les écologistes doivent trancher rapidement. « Si nous ne faisons rien, nous serons rayés de la carte politique française pour au moins cinq ans », avertit un stratège d'EELV, cité par Le Point. La décision finale devrait être prise lors d'un conseil fédéral exceptionnel du parti, prévu dans les prochains jours.
Un avenir incertain pour l'écologie politique
Au-delà du sort immédiat des écologistes, cette crise interroge l'avenir de l'écologie politique en France. Le mouvement, qui a connu une percée historique aux européennes de 2019 avec 13,5 % des voix, semble aujourd'hui en perte de vitesse. « Nous avons dilapidé notre capital politique. Les divisions internes et les querelles de personnes nous ont affaiblis », déplore un ancien secrétaire national d'EELV, cité par Le Point.
Si l'alliance avec Mélenchon se concrétise, elle pourrait offrir un sursis aux écologistes, mais au prix d'une autonomie politique réduite. Dans le cas contraire, le parti pourrait être contraint de faire cavalier seul, avec un risque élevé d'échec électoral. Quoi qu'il en soit, la décision qui sera prise dans les prochains jours déterminera le rôle de l'écologie dans le paysage politique français pour les années à venir.



