Kléber Mesquida : « Je suis heureux de ne pas perdre mon âme »
Kléber Mesquida : « Je suis heureux de ne pas perdre mon âme »

« Je suis heureux de ne pas perdre mon âme et mes valeurs », déclare Kléber Mesquida, président du conseil départemental de l’Hérault, après avoir annoncé son départ du Parti socialiste, quittant ainsi un compagnonnage de 50 années. Dans un entretien, il revient sur cette décision difficile et sur la situation financière délicate de la collectivité.

Un départ mûri, apaisé mais douloureux

Interrogé sur son état d’esprit, Kléber Mesquida confie : « Cela a été une décision très difficile à prendre eu égard aux militants. Depuis, je me sens apaisé, je suis heureux de ne pas perdre mon âme et mes valeurs. Je l’ai fait savoir car je voulais être transparent. » Il ajoute : « Ce qui me fait le plus mal ce sont les militants qui ont donné du temps qui sont engagés. C’est une base silencieuse sans laquelle on ne peut pas exister. J’ai une forte pensée pour eux. Je suis toujours très proche d’eux, les relations de cœur y sont toujours. »

Une vision critique du PS actuel

Kleber Mesquida dresse un portrait sévère du parti : « Ce sont des écuries qui sont en permanence dans l’égotisme, le narcissisme. Ils sont contents quand ils voient leur binette partout. C’est une course à la notoriété personnelle plutôt qu’au collectif. Il y a longtemps que ça me mine. » Il regrette l’époque de l’Union de la gauche et des accords sains, aujourd’hui disparue. « Je pense que le Parti socialiste va se déliter au fur et à mesure car on ne voit pas de lueur. Et puis il faudrait aussi qu’on ait à la tête une personnalité exemplaire, avec du charisme. »

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Il va jusqu’à qualifier le PS de « Parti soumis », en référence aux discussions d’accord avec La France insoumise.

Un lien fort avec l’histoire du parti

Kleber Mesquida rappelle son engagement historique : « Ma première carte est signée de François Mitterrand. À l’époque j’avais cotisé à hauteur de 180 francs pour l’achat des locaux de la rue de Solférino. » Il a côtoyé des premiers secrétaires de stature nationale comme François Mitterrand, Pierre Mauroy, Lionel Jospin, Henri Emmanuelli, Laurent Fabius ou Martine Aubry. « Il y avait des hommes et des femmes de valeurs, d’expérience, imprégnés de la res publica. »

Une fracture datant des législatives 2022

La rupture avec les instances nationales s’est amorcée en 2022 : « J’avais refusé de subir les accords sur les circonscriptions. On n’avait que deux circonscriptions réservées au PS. J’ai soutenu des candidatures dissidentes mais de terrain. »

Interrogé sur une possible imitation par d’autres élus départementaux, il répond : « Je ne les ai pas concertés. Ils ont reçu une copie de mon communiqué le même jour. Le groupe majoritaire aborde des sujets de politique mais quand ça concerne l’institution départementale. »

La Convention, une alternative à gauche

Kleber Mesquida invite à rejoindre La Convention, lancée par Bernard Cazeneuve : « Depuis que j’ai fait cette annonce, certains me disent qu’ils ne savaient pas que j’étais avec Bernard Cazeneuve. J’y ai adhéré dès qu’il l’a créée. Maintenant on m’appelle pour adhérer à La Convention car la méthode de travail leur convient. » Il voit en Bernard Cazeneuve un homme « capé, formaté » qui mérite d’être connu.

La situation financière préoccupante du Département

Kleber Mesquida alerte sur le financement des aides sociales : « Pour les trois aides, l’APA, le RSA et la compensation handicap, l’État a, au moment des transferts, fixé une somme pour le Département. Mais cette somme est restée la même alors que le montant des allocations a augmenté naturellement. Et la croissance démographique de l’Hérault n’a pas été prise en compte. On appelle cela le reste à charge. Il est de 250 M€ par an. Donc, à partir du 18 juin toutes ces dépenses sont 100 % départementales. »

Il donne un exemple : « En 2024, par exemple, l’État a décidé d’augmenter le RSA. Je ne conteste pas le fond mais l’impact pour nous est de 7 M€. Au total, en 2024, entre l’augmentation des charges et la baisse des recettes c’est 51 M€. »

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Des perspectives inquiétantes pour 2025

Le président du Département dresse un tableau sombre : « On a 4 M€ de moins qu’espéré de droits de mutation après quatre mois. En parallèle, le nombre de bénéficiaires de l’APA et du RSA représente 8 M€ de dépenses en plus. On est donc à moins 12 M€ sans levier. Ce sont des dépenses subies et obligatoires. »

Il confirme que les inquiétudes exprimées lors du vote du budget 2025 sont renforcées, sauf embellie du marché immobilier. « Mais les perspectives sont inquiétantes. »