Jérôme Guedj, cible et symbole de l'acharnement de Jean-Luc Mélenchon
Jérôme Guedj, cible de l'acharnement de Mélenchon

Le député de l'Essonne Jérôme Guedj est devenu la cible privilégiée de Jean-Luc Mélenchon. Exclu du groupe La France insoumise (LFI) à l'Assemblée nationale en octobre 2023, il subit depuis des attaques répétées du leader insoumis, qui voit en lui le symbole de ce qu'il appelle la « trahison » socialiste. Cette animosité, qui dépasse le simple désaccord politique, illustre les fractures profondes de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes).

Un député exclu pour avoir critiqué la ligne

Jérôme Guedj, élu sous l'étiquette PS en 2022 avec le soutien de la Nupes, a été exclu du groupe LFI après avoir voté contre la proposition de loi d'abrogation de la réforme des retraites portée par les insoumis. Il estimait que cette abrogation, sans financement, était une « fausse bonne idée ». Cette position lui a valu les foudres de Jean-Luc Mélenchon, qui l'a accusé de « trahison » et de « comportement indigne ».

Depuis, l'ancien candidat à la présidentielle n'a cessé de le cibler. Dans un meeting à Paris, le 1er mai 2024, Mélenchon a de nouveau attaqué Guedj, le qualifiant de « député qui a voté contre l'abrogation de la réforme des retraites » et ajoutant : « Il y a des gens comme ça, ils sont élus sur nos listes, ils votent avec la droite. » Une déclaration qui a provoqué un tollé chez les socialistes, qui y voient une tentative de diabolisation.

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Une stratégie de purge assumée

Pour les observateurs, cette attaque n'est pas anodine. Elle s'inscrit dans une stratégie plus large de Jean-Luc Mélenchon visant à purger LFI de ses éléments jugés trop modérés ou trop proches du Parti socialiste. Selon plusieurs sources internes, le leader insoumis considère que la Nupes doit être un instrument de la « révolution citoyenne » qu'il appelle de ses vœux, et non une alliance de partis.

« Il veut faire de LFI le parti hégémonique de la gauche, et pour cela, il doit éliminer toute concurrence, même au sein de ses propres rangs », analyse un député insoumis sous couvert d'anonymat. Jérôme Guedj, en refusant la discipline de vote, est devenu un symbole de cette résistance. « Il est le député qui a osé dire non, et Mélenchon ne le lui pardonnera pas », ajoute un proche de Guedj.

L'affaire prend une dimension personnelle. Mélenchon n'hésite pas à évoquer le passé de Guedj, notamment son rôle de conseiller général sous la présidence de François Hollande, pour le discréditer. « Il est le représentant de la gauche molle, celle qui a trahi ses promesses », a-t-il lancé lors d'une réunion publique à Marseille, en mars 2024.

Les conséquences sur la Nupes et la gauche

Cette guerre ouverte entre LFI et le PS, dont Jérôme Guedj est l'un des symboles, fragilise la Nupes. Alors que les élections européennes de 2024 approchent, l'alliance de gauche peine à présenter un front uni. Les socialistes, menés par Olivier Faure, tentent de maintenir le cap, mais les attaques de Mélenchon compliquent la tâche.

« Chaque fois que Mélenchon attaque Guedj, il affaiblit la Nupes et fait le jeu de la droite », estime un sondeur interrogé par Le Point. Selon un récent sondage, la popularité de la Nupes a chuté de 5 points en deux mois, passant de 28 % à 23 % d'intentions de vote. Les divisions internes sont citées comme la première cause de ce recul.

Jérôme Guedj, de son côté, ne compte pas se taire. Interrogé par Le Point, il déclare : « Je ne suis pas un soldat, je suis un élu. Je continuerai à voter selon ma conscience, même si cela déplaît à Mélenchon. » Une position qui pourrait lui valoir de nouvelles sanctions, mais qui en fait, aux yeux de certains, un symbole de la résistance à l'autoritarisme.

En attendant, la guerre des chefs se poursuit. Jean-Luc Mélenchon a prévu de tenir un meeting à Lyon le 15 mai, où il devrait de nouveau évoquer le cas Guedj. Les socialistes, eux, préparent une contre-offensive médiatique. L'avenir de la Nupes se joue peut-être dans cette guérilla interne, dont Jérôme Guedj est à la fois la cible et le symbole.

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