L'installation mouvementée du nouveau maire de Bordeaux
Vendredi après-midi, une foule compacte s'est pressée rue Montbazon pour assister au conseil municipal d'installation du nouveau maire de Bordeaux, Thomas Cazenave. Une heure avant l'ouverture de la séance, les soutiens du nouvel édile attendaient déjà à l'entrée réservée au public. La jauge maximale d'accueil fut atteinte au moment précis où se présentait Nordine Raymond, ancien candidat LFI, accompagné de sa numéro deux Lucie Hémond et de son colistier Pierre Benaïm. Faute de pouvoir négocier trois places avec d'anciens élus de la majorité Juppé présents en nombre, l'opposant n'eut d'autre choix que de rebrousser chemin.
Une victoire à l'arrachée comparée au rugby
Avant le second tour des municipales, Emmanuel Sallaberry, maire centriste de Talence, avait pronostiqué « une victoire à la Thomas Ramos » pour son favori Thomas Cazenave. La prédiction s'est avérée exacte : Cazenave l'a effectivement emporté avec une très courte avance de 50,95% des suffrages face au sortant écologiste Pierre Hurmic, soit environ 1 800 voix d'écart sur 174 176 électeurs inscrits. Pour Sallaberry, cette marge étroite évoque les trois petits points de la pénalité réussie par l'arrière du Stade Toulousain Thomas Ramos contre l'Angleterre, qui offrit à la France la victoire finale du Tournoi des Six Nations le 14 mars dernier. Une analogie sportive qui fait sourire : Bordeaux a envoyé un Thomas à la mairie, ne resterait-il qu'à l'Union Bordeaux Bègles d'en recruter un autre pour espérer battre Toulouse en finale du Top 14 ?
Polémique sur l'éclairage public dès le lendemain de la défaite
Non reconduit sur la liste de Pierre Hurmic, l'ancien adjoint à la sobriété Laurent Guillemin n'a pas tardé à réagir après la défaite. Dès le lendemain des résultats, il publiait sur Facebook une vidéo narquoise montrant un lampadaire resté allumé en plein jour place Pey-Berland, devant la mairie de Bordeaux. Il y explique que le nouveau maire souhaite rallumer l'éclairage public nocturne, ce qui selon lui « n'est pas une bonne idée mais c'est pas grave », tout en suggérant qu'il faudrait d'abord l'éteindre le jour. La vidéo, postée avant l'installation officielle de Cazenave, s'adressait en réalité à son prédécesseur et à son propre adjoint à la sobriété, Laurent Guillemin lui-même, accusé d'un certain manque de cohérence sur ce dossier.
Les oublis protocolaires et les discretions stratégiques
À Villenave-d'Ornon, à peine réélu maire le 21 mars, Michel Poignonec s'est empressé de proposer au conseil municipal de « procéder à quelques délibérations ». Alors qu'il entamait la fixation du nombre d'adjoints, il fut interrompu par une main tendue de l'opposition souhaitant s'exprimer en ce moment solennel. « Ah oui, pardon, excusez-moi, pardon, allez-y, allez-y », s'est alors répandu le maire, rappelant que la minorité de gauche, réduite à sept conseillers, méritait attention.
À Arcachon, le maire LR Yves Foulon, réélu avec 66,5% des voix malgré la publication de vidéos le montrant menaçant et insultant l'élu écologiste Vital Baude, observe une discrétion notable. Selon nos informations, il ne réclame aucune présidence d'intercommunalité. Lors de la cérémonie de la fête d'Arcachon sur la jetée Thiers, sa présence dans la vidéo officielle est à peine perceptible, dissimulée derrière d'autres personnes et très furtive. Une stratégie de profil bas dans l'immédiat après-élection.
Les aléas de l'opposition municipale
La sénatrice Florence Lassarade, arrivée troisième à Langon et seule élue de sa liste, a découvert les inconvénients de l'opposition municipale lors du conseil d'installation du 21 mars. Dans la petite salle André-Mourlane, sa place attribuée près de la porte restée ouverte l'exposait à un courant d'air constant. Elle ne quitta son manteau qu'à chaque fois qu'elle dut se lever pour glisser son bulletin dans l'urne. « Heureusement qu'elle a pris une bonne veste », commente-t-on ironiquement.
À Bordeaux, la gauche écologiste battue a marqué l'investiture de Thomas Cazenave par des appels à la « lutte », comme si le pouvoir venait d'être volé. L'ex-adjointe Harmonie Lecerf, devenue porte-parole de l'opposition écologiste, a prévenu solennellement le nouveau maire : « Nous serons là, partout, nombreux, dans les quartiers, dans les collectifs... » Une posture militante qui devra cependant se traduire dans les urnes dans six ans.
Les promesses écologiques du candidat Cazenave
Un article de 2020 resurgit, où le jeune Thomas Cazenave, alors âgé de 42 ans, lançait sa première campagne bordelaise en solo face au futur maire écologiste Pierre Hurmic. Il y déclarait : « Bordeaux doit devenir la ville verte à visiter ». En évoquant le Juppé urbaniste de 1995, Cazenave affirmait vouloir « à la même hauteur réaliser un projet de transformation écologique » en « aménageant et végétalisant les grandes places minérales », dont les Quinconces. Un programme qui tombe à point nommé, cette place étant pratiquement la seule restant à aménager après le passage des écologistes au pouvoir.



