Les députés du groupe Les Républicains (LR) à l'Assemblée nationale traversent une période de morosité et de désillusion. Selon une enquête de Libération, plusieurs élus expriment un sentiment de défaite et d'impuissance face à la majorité présidentielle et aux divisions internes. Le groupe, qui comptait 61 députés après les législatives de 2022, a vu son nombre s'éroder avec des départs et des dissidences.
Un groupe affaibli par les départs
Depuis le début de la législature, plusieurs députés LR ont quitté le groupe, soit pour rejoindre d'autres formations, soit pour siéger comme non-inscrits. Ainsi, Éric Ciotti, président du parti, a été exclu après son rapprochement avec le Rassemblement national, tandis que d'autres, comme Aurélien Pradié, ont claqué la porte. Ces défections affaiblissent la cohésion du groupe et réduisent sa capacité à peser dans les débats.
Un député LR, sous couvert d'anonymat, confie : "On a l'impression de courir après une ombre. Les macronistes nous prennent nos idées, et nous, on reste figés dans une opposition stérile." Ce sentiment est partagé par plusieurs élus qui estiment que le groupe manque de ligne directrice et de stratégie claire.
Une stratégie floue et des divisions internes
Les divisions au sein de LR sont multiples. D'un côté, les "constructifs" prônent une opposition modérée et des compromis avec la majorité ; de l'autre, les "durs" réclament une ligne plus ferme, voire un rapprochement avec l'extrême droite. Cette fracture paralyse le groupe et empêche toute action commune.
Lors des débats sur la réforme des retraites, les députés LR ont oscillé entre soutien critique et opposition frontale, ce qui a brouillé leur message. Un ancien ministre LR, joint par Libération, déplore : "Nous avons perdu notre identité. Les électeurs ne savent plus ce que nous défendons."
L'ombre de la présidentielle de 2027
La perspective de l'élection présidentielle de 2027 ajoute à la tension. Plusieurs figures LR, comme Laurent Wauquiez ou Bruno Retailleau, tentent de se positionner, mais aucun ne parvient à incarner un leadership clair. Les députés redoutent une nouvelle déroute électorale, après les scores historiquement bas de 2022.
Selon un sondage Ifop, la cote de confiance des sympathisants LR est tombée à 12 %, son plus bas niveau. "Nous sommes en train de devenir un parti de notables locaux, sans projet national", résume un député du Rhône.
Vers une recomposition de la droite ?
Face à cette situation, certains élus envisagent une recomposition politique. L'idée d'un nouveau parti, rassemblant la droite républicaine et des centristes, est évoquée. Mais les obstacles sont nombreux : rivalités personnelles, divergences idéologiques et crainte de disparaître.
Un député LR de l'Ouest conclut : "Nous avons besoin d'un électrochoc. Soit nous nous réinventons, soit nous disparaissons." En attendant, le groupe continue de naviguer à vue, gagné par l'esprit de défaite.



