Alors que la France connaît une nouvelle vague de chaleur, le député socialiste Arthur Delaporte remet sur le tapis une question qui lui tient à cœur : l'assouplissement du code vestimentaire à l'Assemblée nationale. Depuis plusieurs années, ce parlementaire de la 5e circonscription du Calvados milite pour que les députés puissent siéger sans veste lors des périodes de forte chaleur. « C'est une question de bon sens et de santé publique », a-t-il déclaré à Libération.
Un combat de longue haleine
Arthur Delaporte n'en est pas à son premier essai. En juin 2022, il avait déjà interpellé la présidence de l'Assemblée sur ce sujet, sans succès. Le règlement intérieur de l'hémicycle stipule que les députés doivent porter une tenue « correcte et décente », ce qui est interprété comme incluant le port de la veste pour les hommes. « On nous dit qu'il faut respecter la solennité du lieu, mais quand il fait 40 degrés dans l'hémicycle, la solennité n'empêche pas la souffrance », explique le député.
Une pétition qui fait son chemin
Cette année, Arthur Delaporte a décidé de passer à la vitesse supérieure en lançant une pétition en ligne. Selon ses dires, plus de 2 000 personnes l'ont déjà signée en quelques jours. Il espère ainsi faire pression sur la conférence des présidents de l'Assemblée, qui doit se prononcer sur une éventuelle modification du règlement. « Ce n'est pas une question de mode, c'est une question de confort et d'efficacité au travail », insiste-t-il.
Des précédents dans d'autres institutions
Le député rappelle que d'autres institutions ont déjà assoupli leur code vestimentaire en période de canicule. Au Sénat, le président Gérard Larcher a autorisé les sénateurs à retirer leur veste lors des fortes chaleurs. De même, dans certains tribunaux, les avocats peuvent plaider sans robe quand la température dépasse un certain seuil. « Pourquoi l'Assemblée serait-elle la seule à ne pas s'adapter ? », interroge Arthur Delaporte.
Un enjeu écologique et économique
Au-delà du simple confort, le député souligne que le port de la veste obligatoire pousse à une surconsommation de climatisation dans l'hémicycle. « Si on pouvait siéger en chemise, on pourrait réduire la climatisation, ce qui serait bon pour l'environnement et pour le budget de l'Assemblée », argue-t-il. En effet, les coûts énergétiques liés à la climatisation des bâtiments de l'Assemblée nationale s'élèvent à plusieurs centaines de milliers d'euros par an.
Des oppositions traditionnelles
La proposition d'Arthur Delaporte n'est pas sans susciter des réticences. Certains élus, notamment à droite, y voient une atteinte à la tradition républicaine. « La veste, c'est le symbole du sérieux et du respect de l'institution », a récemment déclaré un député LR sous couvert d'anonymat. Mais pour le socialiste, il s'agit d'une vision dépassée : « La République n'est pas menacée par une chemise à manches courtes. »
Vers un vote en septembre ?
Arthur Delaporte espère que sa pétition et la canicule actuelle feront bouger les lignes. Il a demandé que la question soit inscrite à l'ordre du jour de la conférence des présidents dès la rentrée parlementaire de septembre. « Je suis optimiste, car les mentalités évoluent. Beaucoup de collègues, même de la majorité, m'ont dit en off qu'ils étaient d'accord avec moi », confie-t-il.
Un combat symbolique
Pour le député, ce combat dépasse le simple cadre vestimentaire. Il s'agit de moderniser l'image de l'Assemblée nationale et de la rendre plus en phase avec les préoccupations des citoyens. « Les Français souffrent de la canicule, ils voient leurs députés en veste dans un hémicycle climatisé, ça crée un décalage », estime-t-il. En attendant une décision, Arthur Delaporte prévient : « Si la canicule persiste, je retirerai ma veste dans l'hémicycle, quoi qu'il arrive. »



