Le député socialiste des Landes, Boris Vallaud, a déposé ce 2 juillet une proposition de loi visant à instaurer une dose de proportionnelle aux élections législatives. Cette initiative, qu'il qualifie de « révolution institutionnelle », a pour objectif de redonner toute sa place au pluralisme politique et de sortir de la logique du « fait majoritaire » qui, selon lui, étouffe le débat démocratique.
Une proposition détaillée pour une Assemblée plus représentative
Le texte prévoit que 20 % des sièges de l'Assemblée nationale (soit 115 députés) seraient élus à la proportionnelle sur une liste nationale, tandis que les 80 % restants continueraient à être élus au scrutin uninominal majoritaire à deux tours dans les circonscriptions. Ce système mixte, déjà en vigueur dans plusieurs démocraties européennes, permettrait selon le député de « mieux représenter la diversité des opinions » et de « favoriser la formation de compromis ».
La proposition inclut également un mécanisme de seuil électoral fixé à 5 % des suffrages exprimés pour pouvoir prétendre à des sièges à la proportionnelle, afin d'éviter une fragmentation excessive de l'hémicycle. « Il ne s'agit pas de faire entrer des micro-partis, mais de garantir une représentation juste des grandes sensibilités politiques », a précisé Boris Vallaud lors d'une conférence de presse.
Un contexte politique favorable à la réforme
Cette relance du débat sur la proportionnelle intervient dans un contexte où la légitimité du système majoritaire est de plus en plus contestée. Selon un sondage Ifop réalisé en juin 2024, 68 % des Français se disent favorables à l'introduction d'une dose de proportionnelle. « Le sentiment de déconnexion entre les citoyens et leurs élus n'a jamais été aussi fort », souligne le député.
Le président de la République, Emmanuel Macron, s'était lui-même engagé en 2017 à introduire une part de proportionnelle, promesse non tenue à ce jour. L'initiative de Boris Vallaud pourrait ainsi relancer le chantier, d'autant que le camp présidentiel, fragilisé par l'absence de majorité absolue depuis 2022, pourrait y voir un moyen de stabiliser la vie politique.
Les réactions des autres formations politiques
À gauche, la proposition est accueillie favorablement par La France insoumise et les écologistes, qui réclament depuis longtemps une réforme du mode de scrutin. « C'est une avancée nécessaire, mais il faut aller plus loin : la proportionnelle intégrale est la seule solution pour une véritable démocratie », a réagi le coordinateur de LFI, Manuel Bompard.
À droite, Les Républicains se montrent plus réservés. « La proportionnelle affaiblit le lien entre l'élu et sa circonscription et favorise l'instabilité gouvernementale », a déclaré le député LR Éric Ciotti. Le Rassemblement national, de son côté, voit dans cette proposition une « manœuvre politique » visant à marginaliser son parti, alors que les sondages le placent en tête des intentions de vote.
Un calendrier parlementaire incertain
La proposition de loi de Boris Vallaud a peu de chances d'être examinée avant l'automne, en raison de l'ordre du jour chargé de l'Assemblée. Cependant, le député espère que le texte pourra être inscrit à l'ordre du jour d'une niche parlementaire du groupe socialiste au premier trimestre 2025. « Le débat doit avoir lieu, et vite. La démocratie ne peut pas attendre », a-t-il insisté.



