Damien Charrier, président du Conseil national de l’Ordre des experts-comptables, estime que les TPE/PME sont prêtes pour la facturation électronique. Il s’exprime lors des 26ᵉ Rencontres économiques d’Aix, ce jeudi 2 juillet.
Un taux de préparation élevé dans les cabinets
« Nous travaillons dessus depuis 2019, en lien avec la Direction des finances publiques », rappelle Damien Charrier. Selon lui, 92 % des cabinets d’expertise comptable sont prêts. Les 22 000 experts-comptables français accompagnent 3,5 millions d’entreprises, sur les 7 millions d’entités concernées par la facturation électronique. « 62 % des entreprises ont un plan d’action sur cette première étape qui concerne la réception des factures », précise-t-il. La délégation à un expert-comptable est possible : « un gros tiers des cabinets a déjà 70 % de sa clientèle qui l’a mandaté, un autre tiers 30 à 40 %, et le dernier tiers est entre les deux ».
Une transformation profonde du métier
L’expérience des pays pionniers, comme le Brésil depuis 2001, montre qu’il faudra « trois ans avant de digérer cette transition ». Actuellement, 130 plateformes sont agréées, mais « il n’y en aura pas autant à l’arrivée ». Avec la digitalisation et l’intelligence artificielle, « nos missions comprendront moins de conformité et davantage de conseils sur le pilotage d’entreprise, le contrôle de gestion, la gestion de la trésorerie ». Charrier illustre : « Aujourd’hui, on peut mesurer la marge d’une entreprise mais dire à un patron de PME ‘je vais mesurer tous les prix d’achat pour identifier les marges d’amélioration’, ce n’est pas possible. Demain avec la digitalisation ce sera possible. »
Réorganisation des cabinets et formation
Cette évolution implique une réorganisation : « certains collaborateurs vont basculer sur des tâches de contrôle de la qualité de la donnée, d’autres vont plutôt aller à la rencontre du client pour faire parler la donnée ». Le congrès national des experts-comptables, du 16 au 18 septembre porte de Versailles à Paris, sera placé « sous le signe de la refondation », avec des thèmes comme la réglementation, la valeur, l’expérience client et les compétences.
Sur le recrutement, « cela va un peu mieux car le marché du travail s’est détendu », mais il reste difficile de trouver les compétences pour les marchés de demain. La formation continue est privilégiée, notamment dans le conseil, la data et l’IA. En 2025, 1 439 diplômés ont été comptés en France et dans la francophonie, car « c’est un diplôme qui s’exporte ».
Un rôle de porte-parole des PME
Damien Charrier rappelle que l’Ordre des experts-comptables est « une profession réglementée avec une tutelle de Bercy ». Il se dit favorable à une fiscalité « business friendly et surtout lisible et stable parce qu’il n’y a rien de pire que l’instabilité ». Un groupe de travail « influence et simplification » a été créé, auquel « on pourrait ajouter modernisation ». Charrier cite l’exemple de la DAS 2 : « on se demande si cette déclaration est encore nécessaire avec la facturation électronique ». Mais il prévient : « avant de supprimer un texte ou une obligation, il faut vérifier si la donnée qu’elle produisait n’était pas utile à quelqu’un ».
Une collaboration avec le gouvernement
« Le gouvernement travaille en partenariat avec l’Ordre des experts-comptables », assure Charrier. Il mentionne les auditions sur les fonds toxiques et le Pacte Dutreil. « D’une manière générale, les réformes fonctionnent mieux lorsque nous sommes consultés en amont. Cela a été le cas pour le prélèvement à la source et la facturation électronique, alors que pour le guichet unique, cela ne l’a pas été. » Il note une amélioration : « Après une période difficile, cela va mieux aujourd’hui, même si ce n’est pas encore parfait. L’INPI nous a d’ailleurs demandé d’intégrer son conseil d’administration. »



