Un réseau présumé de passeurs qui organisait le transit de ressortissants syriens vers l'Europe via la Guyane a été démantelé dans les Vosges, a annoncé le parquet d'Épinal. Sept personnes ont été interpellées et placées en garde à vue dans le cadre de cette opération menée par la police aux frontières (PAF) et l'Office de lutte contre le trafic illicite de migrants (OLTIM).
Un itinéraire complexe via la Guyane
Selon les enquêteurs, le réseau utilisait un itinéraire détourné : les migrants syriens, souvent originaires de zones de conflit, étaient d'abord acheminés vers la Guyane française, territoire d'outre-mer situé en Amérique du Sud. De là, ils transitaient par l'aéroport de Cayenne avant de rejoindre la France hexagonale, puis d'autres pays européens. Ce mode opératoire permettait d'éviter les contrôles aux frontières extérieures de l'espace Schengen.
Les investigations, qui ont duré plusieurs mois, ont permis d'identifier un réseau structuré, basé dans le département des Vosges. Les passeurs présumés auraient facturé entre 5 000 et 10 000 euros par personne pour ce voyage clandestin. Au total, une cinquantaine de Syriens auraient été transportés de cette manière entre 2023 et 2025.
Des interpellations simultanées
L'opération de démantèlement s'est déroulée le 1er juillet 2026, avec le concours de la BRI (Brigade de recherche et d'intervention) de Nancy. Les sept suspects, âgés de 25 à 50 ans, ont été appréhendés à leur domicile dans les Vosges. Parmi eux figurent plusieurs membres d'une même famille, soupçonnés d'être les organisateurs du trafic. Le parquet d'Épinal a précisé que les gardes à vue étaient toujours en cours et que les investigations se poursuivaient pour identifier d'éventuels complices.
Un phénomène en hausse
Ce démantèlement illustre l'adaptation des réseaux de passeurs aux contrôles renforcés aux frontières européennes. L'utilisation de la Guyane comme porte d'entrée vers l'Europe est une tendance observée depuis plusieurs années, comme l'a souligné le procureur de la République d'Épinal, Frédéric Nahon : « La Guyane, en raison de sa situation géographique et de son statut de territoire français, est devenue une plaque tournante pour l'immigration clandestine en provenance du Moyen-Orient. »
Selon les données de l'OLTIM, le nombre de Syriens interceptés en Guyane a augmenté de 30 % en 2025 par rapport à l'année précédente. Les autorités françaises ont renforcé les contrôles à l'aéroport de Cayenne, mais les réseaux continuent d'adapter leurs méthodes.
Conséquences judiciaires
Les sept suspects seront présentés à un juge d'instruction dans les prochains jours, et devraient être mis en examen pour aide à l'entrée et au séjour irréguliers en bande organisée, association de malfaiteurs et blanchiment d'argent. Ils encourent jusqu'à 20 ans de prison et 1,5 million d'euros d'amende. L'enquête devra également déterminer si le réseau avait des ramifications dans d'autres pays, notamment au Suriname et au Brésil, pays limitrophes de la Guyane.
Les migrants syriens qui ont transité par ce réseau ont été placés dans des centres de rétention administrative ou ont demandé l'asile, selon leur situation. Certains pourraient être entendus comme témoins dans le cadre de l'enquête.



