Un moment d'émotion pour les anciennes licières de Lodève
Ce jeudi, journée d'hommage aux Harkis, une délégation d'anciennes licières de l'atelier de Lodève a été reçue à l'Assemblée nationale par la présidente Yaël Braun-Pivet. « C'est sur ce tapis que je reçois les chefs d'État étrangers, les délégations officielles voire des souverains comme le roi et la reine du Danemark », a déclaré la présidente. Ces mots ont profondément ému Edja, Fatma et Ouria, trois sœurs qui ont consacré leur vie à travailler à l'atelier du Mobilier national de Lodève.
Un voyage à Paris pour découvrir leur œuvre
La plupart des anciennes licières n'étaient jamais venues à Paris. Accompagnées par la conseillère régionale Fadelha Benammar-Koly et son association Mémoires Méditerranée, elles ont visité le Cabinet du Départ à l'Hôtel de Lassay. Fatma a raconté comment le vaste tapis aux flambeaux et fleurs de lys a été réalisé selon la technique du point noué, en reproduisant point par point le tapis de Louis XIV. « Ça nous a pris sept ans. On l'avait jamais vu en place. Ça fait quelque chose de le voir ici. De se dire qu'aujourd'hui encore un roi a marché dessus ! »
Des conditions de travail difficiles
Les licières ont évoqué les conditions de travail éprouvantes des débuts. Djemaa, 87 ans, a montré ses genoux en souriant : « On a toutes des prothèses, des plaques… On a les épaules abîmées aussi ». Fatma a rendu hommage à Rebhia Nourredine, aujourd'hui décédée, qui lui a tout appris. « Ce métier est devenu ma passion, j'ai adoré ces tâches qui demandent de la patience, de la minutie. Mais attention dans les débuts c'était très dur. »
L'atelier de Lodève : un héritage pour les femmes des Harkis
L'atelier a été créé en 1964 pour occuper les femmes des Harkis qui maîtrisaient l'artisanat du tapis berbère en Algérie. Les familles habitaient dans la cité de la gare, aujourd'hui démolie. L'atelier disposait d'une crèche où les filles des licières ont été élevées. Malika Chaoua, présidente de l'association Harkis Devoir de mémoire, a montré des photos d'elle bébé et des bulletins de paie : « Elles étaient payées en espèces, une misère ».
Jean-Paul, un ancien employé ému
Jean-Paul, 78 ans, a travaillé à l'atelier comme teinturier, dessinateur, magasinier et licier. Il a tissé deux tapis : « Je voulais quand même laisser quelque chose derrière moi ». Né à Tlemcen en 1948, il a eu un coup au cœur en découvrant un buste de Marianne ramené d'Algérie. « Nos arrière-petits-enfants ne se souviendront pas des élus d'aujourd'hui, mais nos tapis seront toujours là », a souligné une Lodévoise.



