Une croisade fiscale venue de France
Gabriel Zucman et Emmanuel Saez, deux économistes français de renom, ont lancé une campagne audacieuse en Californie pour imposer une taxe progressive sur la fortune des milliardaires. Leur proposition vise à réduire les inégalités criantes dans l'État le plus riche des États-Unis, où la concentration des richesses atteint des sommets historiques.
Les contours de la proposition
Le plan des deux chercheurs, basés à l'Université de Californie à Berkeley, prévoit un impôt annuel sur les fortunes dépassant 50 millions de dollars, avec un taux marginal de 1,5 % pour les patrimoines supérieurs à 1 milliard. Selon leurs estimations, cette mesure pourrait générer jusqu'à 22 milliards de dollars de recettes supplémentaires par an, destinées à financer des programmes sociaux et éducatifs.
Un contexte politique tendu
Cette initiative intervient alors que la Californie fait face à un déficit budgétaire chronique et à une crise du logement. Les partisans de la taxe y voient un moyen de justice sociale, tandis que ses détracteurs, notamment dans les milieux d'affaires de la Silicon Valley, dénoncent un frein à l'innovation et un risque de fuite des capitaux.
Zucman et Saez ne sont pas à leur premier essai. Leurs travaux sur l'évasion fiscale et les inégalités ont déjà influencé des politiques publiques, notamment en France avec la taxe sur les transactions financières. Leur notoriété internationale leur confère une tribune unique pour porter ce débat.
Un pari risqué mais nécessaire
Pour les deux économistes, l'enjeu dépasse la simple fiscalité. Il s'agit de démontrer qu'une taxation progressive des ultra-riches est non seulement possible, mais aussi bénéfique pour l'économie dans son ensemble. Ils s'appuient sur des données montrant que la part des 1 % les plus riches dans le revenu national californien a doublé depuis les années 1980.
La campagne, baptisée "Tax the Billionaires", espère recueillir suffisamment de signatures pour soumettre la proposition au référendum lors des élections de 2028. Si elle aboutit, la Californie deviendrait le premier État américain à instaurer un impôt direct sur la fortune des milliardaires, ouvrant potentiellement la voie à d'autres initiatives similaires.
Les critiques ne manquent pas. Certains économistes estiment que les riches pourraient simplement déménager dans des États moins taxés, comme le Texas ou la Floride. Mais Zucman rétorque que les liens économiques et sociaux des milliardaires avec la Californie sont si forts que le risque de fuite est limité. "La Californie est le cœur de l'innovation mondiale. Les milliardaires ne quitteront pas la Silicon Valley pour un paradis fiscal", affirme-t-il.
Au-delà de l'enjeu local, ce combat pourrait avoir des répercussions nationales. En cas de succès, il relancerait le débat sur une taxation fédérale des grandes fortunes, un thème cher à l'aile gauche du Parti démocrate.



