La décision du tribunal de commerce de Lyon de prononcer la liquidation judiciaire de Vencorex, faute d'offre de reprise satisfaisante, a provoqué une onde de choc dans le paysage industriel français. Alors que le projet porté par un consortium d'industriels et d'investisseurs bénéficiait d'un soutien quasi unanime des élus locaux, des syndicats et même du gouvernement, les juges consulaires ont estimé que les garanties financières étaient insuffisantes pour assurer la pérennité de l'entreprise et de ses 350 salariés.
Un projet de reprise soutenu mais jugé fragile
Le consortium, mené par un groupe chimique régional, proposait de reprendre l'ensemble des actifs de Vencorex, spécialisé dans la production de solvants et d'intermédiaires chimiques. Le plan prévoyait le maintien de 280 emplois sur les 350, avec un investissement de 50 millions d'euros sur trois ans. Les collectivités locales, dont la région Auvergne-Rhône-Alpes et le département du Rhône, s'étaient engagées à hauteur de 10 millions d'euros. Le gouvernement, via le ministère de l'Industrie, avait apporté son soutien politique et promis des aides à la reconversion.
Les motifs du rejet par le tribunal
Le tribunal de commerce a motivé sa décision par l'absence d'apports en fonds propres suffisants et par un business model jugé trop dépendant des fluctuations des prix des matières premières. Les juges ont également pointé du doigt le manque de transparence sur les sources de financement du consortium, notamment l'origine des fonds d'un investisseur basé à Dubaï. Ils ont estimé que le plan de continuation présenté ne garantissait pas la viabilité à long terme de l'entreprise, exposant les créanciers et les salariés à un risque élevé de nouvelle défaillance.
Une décision qui suscite l'incompréhension
Les réactions ne se sont pas fait attendre. Les élus locaux, unis derrière le projet, ont exprimé leur colère et leur déception. Le maire de la commune où est implantée l'usine a dénoncé une décision « incompréhensible et destructrice d'emplois ». Les syndicats, qui avaient négocié un accord de maintien de l'emploi avec le repreneur potentiel, ont appelé à une mobilisation générale. Le président de la région a évoqué la possibilité d'un recours en justice, tandis que le gouvernement a annoncé la mise en place d'une cellule de suivi pour les salariés licenciés.
Le débat sur le rôle des tribunaux de commerce relancé
Cet échec relance le débat sur le fonctionnement des tribunaux de commerce en France. Ces juridictions, composées de juges non professionnels élus par leurs pairs, sont souvent critiquées pour leur manque de transparence et leur propension à privilégier les intérêts des créanciers au détriment de l'emploi. Des voix s'élèvent pour réclamer une réforme, avec une professionnalisation accrue des juges consulaires et un meilleur encadrement de leurs décisions. Le gouvernement, qui avait déjà lancé une réflexion sur le sujet, pourrait être contraint d'accélérer le calendrier des réformes.
Quelles conséquences pour l'emploi et le territoire ?
La liquidation de Vencorex aura des conséquences lourdes pour les 350 salariés, qui seront licenciés dans le cadre d'un plan de sauvegarde de l'emploi. Le tissu économique local, déjà fragilisé par la désindustrialisation, subira un nouveau coup dur. Les sous-traitants et les fournisseurs de l'usine sont également menacés. La plateforme chimique, qui regroupe plusieurs entreprises, pourrait voir son attractivité diminuer. Les collectivités locales devront faire face à une perte de recettes fiscales et à une hausse des dépenses sociales.
Les pistes pour l'avenir
Malgré l'échec, des solutions alternatives sont explorées. Le gouvernement a évoqué la possibilité d'une reprise partielle par un autre industriel, ou d'une reconversion du site vers des activités de chimie verte. Une mission d'expertise a été confiée à un cabinet spécialisé pour étudier les options de redéploiement industriel. Par ailleurs, un fonds d'investissement régional pourrait être créé pour soutenir les projets de reprise dans le secteur chimique. Le débat sur la réforme des tribunaux de commerce, lui, est loin d'être clos.



