Uber Boat débarque sur la Côte d'Azur : les professionnels crient à la piraterie
Uber Boat sur la Côte d'Azur : polémique chez les pros

La plateforme américaine Uber va élargir, dès le mois de juin 2026, ses services à la location de bateaux. Les professionnels du secteur crient à la piraterie.

Uber part à l'abordage de la plaisance

Le géant américain a profité de sa grand-messe annuelle à New York pour annoncer une diversification de son offre. À partir de juin 2026, les utilisateurs pourront réserver un bateau aussi simplement qu'ils commandent un VTC ou un repas. Ce nouveau service sera d'abord disponible dans cinq pays européens. En France, sept villes portuaires ou fluviales sont concernées, dont la majorité en région Sud Paca : Marseille, Nice, Cannes, Toulon et Saint-Tropez. Les prix varieront selon le type de bateau (voilier, semi-rigide, catamaran, bateau à moteur ou électrique), sa taille et la date de réservation.

Tempête dans un verre d'eau ?

Pour nombre de professionnels, cette annonce pourrait se limiter à une tempête dans un verre d'eau. Franck, un broker niçois, souligne que ce concept existe déjà. Il avait lui-même créé Loacaboat il y a 20 ans pour mettre en relation propriétaires et locataires occasionnels. Mais il a dû renoncer face aux obstacles réglementaires. D'autres ont persévéré, comme Click & Boat, leader du marché, sur lequel Uber va s'appuyer pour rendre son offre plus visible. Selon Uber, entre 150 embarcations à Nice et 550 à Cannes pourraient être disponibles. Pour Toulon, on estime 200 à 250 bateaux, et 300 pour Saint-Tropez.

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Navigation en eaux grises

Franck doute que les plaisanciers résistent à la tentation de louer leur bateau pour amortir les frais d'entretien, mais beaucoup le font déjà en catimini. Yvan Besquer-Chevoleau, gérant d'une base nautique à Nice, rappelle que la réglementation en mer est plus stricte que sur terre. Les particuliers n'ont pas le droit de faire du business avec leur bateau. Click & Boat navigue en eaux grises, et Uber pourrait être accusé de piraterie. Pour contourner le problème, Uber impose un skipper professionnel à bord. Mais Yvan Besquer-Chevoleau doute qu'il y ait assez de skippers sur la Côte d'Azur, car actuellement aucun skipper professionnel n'embarque sur un bateau de moins de 20 mètres.

Inquiétudes environnementales

Juliette Chesnel-Le Roux, élue écologiste niçoise, s'inquiète des conséquences sociales et environnementales. Elle dénonce l'augmentation du nombre de bateaux à moteur dans la baie des Anges et la rade de Villefranche, déjà saturée. Uber argue que les bateaux existent déjà, mais l'élue rétorque que leur but est de les faire sortir en mer pour toucher des commissions, au détriment des écosystèmes marins. Elle rejette cette conception du développement de la Côte d'Azur.

Risques pour les plaisanciers

Les plaisanciers qui louent leur bateau risquent de perdre leur place au port. La plupart des autorisations d'occupation temporaire (AOT) interdisent la location. Ludovic, un plaisancier de Beaulieu-sur-Mer, a reçu un mail en 2025 l'informant de l'interdiction de location entre particuliers, suite aux plaintes des professionnels.

L'État met en garde

Le préfet maritime en Méditerranée, Christophe Lucas, rappelle que lors des contrôles de sécurité, un document écrit doit être transmis du loueur au locataire. La ministre déléguée chargée de la Mer et de la Pêche, Catherine Chabaud, a annoncé le 26 mai 2026 que ces nouvelles activités sont dans le viseur des services de l'État et qu'il y aura des contrôles. Xavier Ducept, secrétaire général de la Mer, insiste sur la nécessité de vérifier qu'Uber respecte le cadre réglementaire. Eric Banel, directeur général des affaires maritimes, souligne le risque de concurrence déloyale pour les professionnels. La ministre cherche un équilibre entre développement économique et respect des règles.

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