Le rêve américain, cette promesse de prospérité pour tous, semble aujourd'hui réservé à une élite. Une étude menée par l'économiste Thomas Piketty et ses collègues du World Inequality Lab montre que depuis 1975, la croissance du PIB américain a profité de manière disproportionnée aux actionnaires, tandis que les salaires des travailleurs stagnent.
Des inégalités croissantes
Selon le rapport, entre 1975 et 2019, la part des revenus allant aux 10% les plus riches est passée de 33% à 48%. En parallèle, la part des 50% les plus pauvres a chuté de 20% à 13%. Les actionnaires, en particulier, ont vu leurs revenus exploser : le rendement moyen des actions a été de 7% par an après inflation, contre une croissance des salaires réels de seulement 1,5% par an.
Les causes structurelles
Plusieurs facteurs expliquent cette évolution. La mondialisation, la financiarisation de l'économie et les politiques fiscales favorables aux plus riches ont creusé les écarts. Les réformes de l'administration Reagan dans les années 1980 ont réduit les impôts sur les plus hauts revenus et les plus-values, tandis que les droits syndicaux étaient affaiblis. "La baisse de la syndicalisation a réduit le pouvoir de négociation des travailleurs, ce qui a permis aux entreprises d'augmenter les profits au détriment des salaires", explique l'économiste Emmanuel Saez, co-auteur de l'étude.
L'impact sur la classe moyenne
La classe moyenne n'a pas été épargnée. Entre 1980 et 2018, le revenu médian des ménages n'a augmenté que de 20% en termes réels, contre une hausse de 200% pour le 1% le plus riche. "Le rêve américain est devenu un cauchemar pour beaucoup", commente l'économiste Gabriel Zucman. "Les enfants ont moins de chances de dépasser le niveau de vie de leurs parents."
Des solutions proposées
Les auteurs de l'étude préconisent des mesures pour inverser la tendance : augmentation des impôts sur les plus hauts revenus, renforcement des droits syndicaux, investissement dans l'éducation et la santé, et taxation des transactions financières. "Sans une redistribution plus équitable, la croissance ne profitera qu'à une minorité", conclut Thomas Piketty.



