Le Rassemblement national à la conquête des milieux économiques
À peine quelques jours après la participation de Marine Le Pen à un dîner avec les dirigeants du CAC 40 dans les salons parisiens de Drouant, c'est au tour de Jordan Bardella de sortir ses plus beaux atours économiques. Le président du Rassemblement national (RN) a déjeuné de façon inédite, ce lundi 20 avril, avec les représentants du Medef, le principal syndicat patronal français.
Une offensive coordonnée vers les forces économiques
Comme pour appuyer ce qui semble être une large offensive à l'attention des milieux économiques, un courrier cosigné par les deux têtes du Rassemblement national a été envoyé, le même jour, aux principales fédérations professionnelles. Leur objectif affiché est d'identifier avec elles les principales normes néfastes à l'activité économique du pays.
La main tendue aux patrons y est explicite : « Il nous apparaît nécessaire de travailler de concert pour redonner aux entreprises la souplesse et la réactivité dont elles ont besoin », écrivent-ils dans leur missive.
La crédibilité économique, principal défi du RN
À un an de l'élection présidentielle, le parti nationaliste travaille activement à surmonter ce qu'il perçoit encore comme l'un des principaux obstacles à sa conquête du pouvoir : sa crédibilité économique, notamment auprès des chefs d'entreprise. Avec, en substance, un argument massue : « Notre programme économique ne vous convient pas ? Aidez-nous à l'améliorer... »
Cette stratégie rencontre un succès relatif. Lors d'une conférence de presse récente, le patron des patrons, Patrick Martin, a senti la nécessité de clarifier la position du Medef : « Je veux crever cette baudruche selon laquelle le patronat aurait massivement pris parti pour le RN : je vous le dis les yeux dans les yeux, c'est faux ».
Des échanges courtois mais des désaccords persistants
De fait, nombre de grands patrons ayant participé au précédent dîner avec Marine Le Pen ont pu partager, ici ou là dans la presse, leur circonspection quant aux lignes impressionnistes, pour ne pas dire floues, du programme économique du parti nationaliste.
« Les grands chefs d'entreprise et nous restons bien sûr en désaccord sur plein de choses et c'est heureux », défend un conseiller économique des deux têtes du RN. « Le but d'un patron est de générer le maximum de bénéfices pour ses actionnaires. Celui d'un responsable politique est de défendre l'intérêt supérieur du pays. Les deux objectifs peuvent se confondre. Il arrive que ce ne soit pas le cas. C'est très naturel ».
Une révolution dans les relations patronat-RN
De façon tout à fait inédite, le patronat et ses représentants acceptent désormais d'échanger à ciel ouvert avec les responsables nationalistes. Sans doute moins par conviction que par opportunité. Au regard des sondages, toute une partie du monde économique juge possible une accession du RN au pouvoir. Dès lors, mieux vaut établir des contacts en amont, voire peser de tout son poids sur la ligne économique qui sera défendue.
« Les échanges avec les représentants du Medef ont été courtois, et l'on partage en tout cas un objectif : accompagner nos entreprises, sans lesquelles il n'y aura pas de prospérité pour la France », a déclaré Jordan Bardella au sortir du déjeuner. « J'espère que ces échanges vont se poursuivre parce qu'ils sont nécessaires ».
Des promesses qui font écho aux demandes du patronat
Dans leur courrier aux forces économiques, Jordan Bardella et Marine Le Pen promettent ainsi, en cas d'arrivée au pouvoir, un grand projet d'ordonnances de simplification, publié dès le début du mandat, pour « libérer l'économie française de ses entraves coûteuses et accompagner la relance de la production ».
Cette promesse fait presque mot pour mot écho à ce que le Medef appelait de ses vœux dans un communiqué de janvier 2026, où il tonnait que « différer encore la simplification » revenait à « se priver d'un levier immédiat de croissance, de productivité et d'économies pour l'action publique ».
Il n'existe pas en effet un ralliement de masse au sein du grand patronat en faveur des idées du RN. La révolution est ailleurs : dans la normalisation des échanges entre un parti longtemps marginalisé et les représentants officiels du monde économique français.



