L'économie peut-elle faire rire ? Alors que le pouvoir d'achat redevient la principale préoccupation des Français dans le sillage de la guerre au Moyen-Orient et que les inégalités de revenus ne cessent d'augmenter, Le Nouvel Obs a posé la question à Audrey Vernon, comédienne et auteure du premier « one-woman show économique », et à Thomas Croisière, humoriste et animateur de « QE », jeu télévisé sur LCP dédié à l'économie.
Le rire comme arme contre le pouvoir
Pour Thomas Croisière, la réponse est évidente : « Bien sûr ! Déjà parce qu'on peut rire de tout. Ce qui est fondateur dans le rire, c'est de se moquer du pouvoir. » Il ajoute qu'il y a eu un rire politique, un rire religieux, et que le rire économique s'inscrit dans cette tradition. Audrey Vernon abonde : « Le rire est un contre-pouvoir et il est indispensable de rire des milliardaires. » Selon elle, l'humour permet de dénoncer les absurdités du système économique et de rendre accessibles des sujets complexes.
Des inégalités croissantes comme source d'inspiration
Les deux humoristes puisent leur inspiration dans les chiffres et les faits. Audrey Vernon cite une statistique marquante : « En 2025, les 1 % les plus riches possédaient 45 % de la richesse mondiale, selon Oxfam. » Elle estime que ces données, loin d'être rébarbatives, sont une matière première pour l'humour. Thomas Croisière renchérit : « Quand on voit que le PDG de TotalEnergies gagne en une heure ce qu'un smicard gagne en un an, c'est à la fois tragique et risible. »
L'humour pour démocratiser l'économie
Leur objectif commun est de rendre l'économie accessible au grand public. « Les gens ont souvent l'impression que l'économie est une science obscure réservée aux experts, explique Audrey Vernon. Mais en réalité, elle impacte leur quotidien. L'humour permet de briser cette barrière. » Thomas Croisière, avec son émission « QE », cherche à vulgariser les concepts économiques à travers des sketches et des jeux. « On parle de taux d'intérêt, de dette publique, mais on le fait en rigolant. Et ça marche : l'audience est au rendez-vous. »
Un rire nécessaire en période de crise
Dans le contexte actuel de guerre au Moyen-Orient et de hausse des prix, le rire devient un exutoire. « L'humour est un mécanisme de défense, affirme Thomas Croisière. Face à l'angoisse du lendemain, rire des puissants permet de reprendre le contrôle. » Audrey Vernon ajoute : « C'est aussi une forme de résistance. Quand on rit des milliardaires, on leur enlève un peu de leur pouvoir symbolique. »
Les limites de l'humour économique
Interrogés sur les risques de provoquer ou de banaliser, les deux humoristes sont lucides. « Il faut toujours viser le pouvoir, pas les victimes, précise Audrey Vernon. On ne se moque pas des pauvres, on se moque du système qui les appauvrit. » Thomas Croisière insiste sur la nécessité de vérifier les faits : « L'humour économique repose sur des chiffres réels. Sinon, ce n'est que de la démagogie. »
En conclusion, Audrey Vernon et Thomas Croisière démontrent que l'économie peut être un terrain fertile pour l'humour, à condition de rester critique et documenté. Comme le résume Thomas Croisière : « Rire de l'économie, c'est rire du monde tel qu'il est, pour mieux imaginer celui qu'on veut. »



