En République démocratique du Congo, une enquête administrative a mis au jour un scandale d'ampleur : près d'un policier sur deux inscrit sur les registres officiels serait en réalité un « fantôme », c'est-à-dire un agent fictif. Cette découverte, rendue publique le 14 juillet 2026 par l'Inspection générale de la police (IGP), révèle que sur les 150 000 agents recensés, environ 72 000 n'existent pas ou sont décédés, mais continuent d'être payés.
Des chiffres accablants
L'enquête, menée sur six mois dans l'ensemble des provinces du pays, a comparé les fichiers de paie avec les identités réelles des agents. Le constat est sans appel : le taux de fictivité atteint 48 % en moyenne, avec des pointes à 65 % dans certaines zones reculées comme le Kasaï-Oriental ou le Nord-Kivu. Selon le rapport de l'IGP, ces « fantômes » permettraient un détournement annuel estimé à 240 millions de dollars américains, soit près de 15 % du budget alloué à la sécurité intérieure.
« C'est un système de corruption organisée qui prive l'État de ressources cruciales pour la sécurité des citoyens », a déclaré le général Jean-Pierre Kasongo, chef de l'IGP, lors d'une conférence de presse à Kinshasa. Il a précisé que des complicités au sein même de l'administration policière et du ministère de l'Intérieur ont facilité ces fraudes.
Des conséquences graves sur le terrain
Cette situation a des répercussions directes sur l'efficacité de la police. Avec des effectifs réels bien inférieurs aux chiffres officiels, les agents en poste sont surchargés et sous-payés, ce qui alimente la corruption et l'impunité. Dans les zones rurales, la présence policière est quasi inexistante, exposant les populations aux violences des groupes armés et aux crimes de droit commun.
Le gouvernement congolais a réagi en annonçant une réforme en profondeur de la gestion des ressources humaines de la police. Le vice-Premier ministre de l'Intérieur, Jacquemain Shabani, a promis « l'identification biométrique de tous les agents d'ici la fin de l'année 2027 » et la mise en place d'un système de paie décentralisé pour éviter les falsifications. Des poursuites judiciaires ont été engagées contre une trentaine de hauts gradés soupçonnés d'avoir orchestré ces détournements.
Un phénomène endémique en Afrique
La RDC n'est pas un cas isolé. Des enquêtes similaires ont révélé des taux de fictivité élevés dans les forces de sécurité d'autres pays africains, comme le Nigeria (35 % dans l'armée en 2020) ou le Kenya (20 % dans la police en 2018). Cependant, le cas congolais est l'un des plus graves jamais documentés, tant par l'ampleur des chiffres que par l'impact sur la sécurité publique.
Des organisations de la société civile, comme l'ONG congolaise « La Voix des Sans-Voix », saluent la publication de l'enquête mais appellent à des actions concrètes. « Le gouvernement doit aller au-delà des promesses et traduire les responsables en justice. Les Congolais ont droit à une police digne de ce nom », a déclaré son porte-parole, Maître Grégoire Mwamba.
L'affaire relance le débat sur la gouvernance sécuritaire en RDC, alors que le pays est confronté à une recrudescence de l'insécurité dans l'est et à une crise humanitaire persistante. La communauté internationale, notamment la Mission de l'ONU (MONUSCO), suit de près l'évolution de ce dossier, qui pourrait conditionner le maintien de l'aide budgétaire au pays.



