Pêcheurs méditerranéens en colère face au prix du gazole
Pêcheurs méditerranéens en colère face au gazole

Les pêcheurs méditerranéens multiplient les actions pour dénoncer la hausse du prix du gazole et des mesures qui menacent leur rentabilité. Ce jeudi, ils bloquent l'accès à un dépôt pétrolier à Frontignan (Hérault), ainsi que les ports de Sète et de Nice (Alpes-Maritimes). Des menaces de blocage planent également sur les ports de Marseille et de Toulon pour vendredi.

Des professionnels étranglés par la hausse du carburant

Sur le Vieux-Port de Marseille, pas de blocage, mais un sentiment de résignation. Alex, 28 ans, fils et petit-fils de pêcheurs, s'est lancé à son compte en octobre. Il témoigne : « J'ai vu l'augmentation d'un coup. J'ai commencé à 74 centimes et là c'est 1,20 euro le litre ». Avec une consommation mensuelle de 2 500 litres, ses charges explosent. « Je travaille deux fois plus, je sors en mer puis je vends mes poissons moi-même, j'essaie de faire des économies partout », explique-t-il, lui qui a déjà été impacté par la canicule cet été.

Eric, pêcheur depuis seize ans, résume : « Tout est cher. Il y a le carburant, mais chaque câble, chaque réparation sur le bateau, et puis on a de plus en plus de règles, de réserves maritimes où on ne peut plus aller… ». Il ajoute : « Il faudrait faire grève mais on ne peut pas se le permettre ». En attendant, il « fait avec » une marge de manœuvre limitée, craignant que l'augmentation des prix du poisson ne fasse fuir les clients marseillais.

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Des aides jugées insuffisantes et des quotas contestés

Mercredi, le gouvernement a annoncé le relèvement de l'aide aux professionnels de 25 à 35 centimes par litre. Mais cette mesure n'a pas apaisé la colère, alors que les pêcheurs rencontraient ce jeudi la ministre déléguée chargée de la Mer et de la Pêche, Catherine Chabaud, et la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut. Outre le carburant, la répartition des quotas de thon rouge, modifiée début août en faveur de l'Atlantique au détriment de la Méditerranée, est au cœur des discussions. Bertrand Wendling, directeur de l'organisation de producteurs Sathoan basée à Sète, qualifie cette décision de « malvenue ».

Pour lui, ce quota est l'un des détonateurs de la crise, avec le plan européen de gestion des pêches en Méditerranée occidentale (WestMed). Ce plan prévoit un nombre limité de jours de sortie, des filets à mailles plus grandes et l'interdiction de certaines zones de pêche une partie de l'année. Selon Bertrand Wendling, ces mesures, associées à la hausse du carburant, poussent les bateaux à ne plus être rentables. Le changement de maillage a notamment provoqué une perte de 30 % de chiffre d'affaires pour les bateaux, entraînant des salaires à la baisse.

Une flotte faible qui pèse dans les négociations

Les pêcheurs du Sud subissent aussi des prix de gazole marin plus élevés que leurs collègues bretons. « C'est une question de volume : quand on est un gros port avec beaucoup de navires, on peut négocier un prix plus attractif. Mais dans un petit port, cela coûte plus cher », explique Bertrand Wendling, qui cite un écart de près de 30 centimes entre un port corse et Lorient. La flotte méditerranéenne représente moins de 10 % de la flotte française totale. « À titre d'exemple, il y a 42 chalutiers dans toute la Méditerranée. Ce n'est même pas le nombre dans un gros port breton », souligne-t-il.

Malgré des alertes lancées « depuis un an », les professionnels peinent à peser dans les négociations. Les blocages ont mis la lumière sur leur situation et pourraient maintenir la pression, avec des menaces de blocage sur les ports de Marseille et de Toulon vendredi.

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