Pêcheurs du Golfe de Saint-Tropez en lutte contre la surfréquentation estivale
Pêcheurs du Golfe de Saint-Tropez : l'été, un combat quotidien

Du poisson frais dès huit heures, sur l'étal des pêcheurs. En cette saison estivale, on trouve, sur leur lit de glace, du chapon, du poulpe et l'incontournable rascasse pour la bouillabaisse. L'été, une saison tant attendue par tous, à l'exception des pêcheurs pour qui l'arrivée des touristes est synonyme de difficultés. « Pour nous, il y a beaucoup de négatif... beaucoup plus de négatif ! », insiste Christian Persello.

Une activité à contre-courant de l'afflux touristique

Le portefeuille des estivants est pourtant habituellement apprécié et compense le potentiel désordre que leur nombre engendre. Mais pour les pêcheurs, leur activité ne repose pas sur le tourisme : « On n'attend pas la haute saison. On a des clients toute l'année, ce sont des fidèles et on a quelques restaurateurs à Sainte-Maxime qui continuent de se fournir chez nous ». Ces professionnels qui participent au charme du Golfe et donc de son attrait touristique, sont aujourd'hui victimes de cette économie balnéaire.

Les bateaux de pêche confrontés aux yachts

Chaque haute saison, ils sont forcés de s'écarter des yachts de plus en plus gros et nombreux, comme les poissons effrayés par ces imposants navires. Pour rappel, le nombre d'embarcations dans le Golfe passe de quelques centaines d'embarcations en basse saison à plusieurs milliers, au plus fort de la haute saison, présents simultanément aux ports et sur le plan d'eau. Cette multiplication amplifie la pollution sonore et pousse la faune sous-marine à prendre le large. « On a bien vu la différence pendant la période du Covid. Le thon, la baleine, le dauphin… ils sont tous revenus, relatent les marins. Ici, le poisson ne revient qu'en octobre ».

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Des filets arrachés et une pêche compromise

Face à ce phénomène, les pêcheurs suivent la ressource halieutique au large. Ils sont obligés autant pour leur prise que pour la sécurité de leur matériel. « Les filets déposés se font arracher par les ancres de bateaux des plaisanciers. À 1500 euros le filet, ça ne vaut pas le coup. Donc, c'est simple, l'été on ne peut plus pêcher dans le Golfe ! », résume durement Christian Persello.

Un métier contrôlé

Passage inopiné, la brigade maritime est venue contrôler l'étal. Ces contrôles tenus trois fois par an assurent que les produits de la pêche vendus sont d'origine légale et respectent la réglementation en vigueur (tailles, espèces, quotas). Tout était en règle.

Une nouvelle inquiétude : les ZMEL

Les obstacles ne sont pas près de disparaître avec l'arrivée d'un nouveau défi : les Zones de mouillage et d'équipements légers (ZMEL). Un projet que les pêcheurs préfèrent surnommer les « parkings à bateaux ». Ces zones permettent aux embarcations de s'attacher à des bouées. Les usagers payent grâce à un QR code directement présent sur la bouée ou via une réservation sur un site dédié. Elles ont été développées pour éviter l'usage des ancres qui abîme les fonds marins et en particulier la posidonie. Une première zone a été inaugurée en 2025 dans le secteur de Pampelonne.

Les pêcheurs sont très critiques et même définitifs à l'égard de ce dispositif. Si l'objectif d'origine est de préserver l'environnement, l'intérêt économique leur fait craindre que « le Golfe ne se transforme en parking réservé. » « Ils vont finir par sectionner la mer », cinglent-ils.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale