Le groupe Paramount a déposé une requête judiciaire exigeant que les douze États américains qui s'opposent à sa fusion avec Warner Bros. Discovery versent une caution de 1,9 milliard de dollars. Cette somme, destinée à couvrir les pertes potentielles si le blocage s'avère infondé, marque une escalade inédite dans le conflit autour de ce mariage à 43 milliards de dollars.
Une caution record pour dissuader les opposants
Dans un document déposé devant le tribunal fédéral du district de Columbia, Paramount justifie cette demande par la nécessité de compenser les dommages qu'entraînerait un retard de la fusion. Selon la société, chaque mois de retard coûterait environ 500 millions de dollars aux actionnaires, en raison de la perte de synergies et des incertitudes du marché. La caution de 1,9 milliard de dollars représenterait ainsi près de quatre mois de préjudice potentiel.
Les États concernés, menés par la Californie et New York, avaient intenté une action en justice en juin dernier pour bloquer la fusion, invoquant des risques de hausse des prix pour les consommateurs et de réduction de la concurrence dans le secteur du streaming. Ils estiment que la fusion de Paramount (propriétaire de CBS, MTV et Paramount+) avec Warner Bros. Discovery (détenteur de HBO, CNN et Discovery+) créerait un géant trop puissant.
La stratégie de Paramount pour accélérer le processus
En exigeant cette caution, Paramount espère décourager les procureurs généraux des États de poursuivre leur opposition. « Cette demande est sans précédent et vise à intimider les États qui défendent légitimement les intérêts des consommateurs », a déclaré un porte-parole du bureau du procureur général de Californie, cité dans le dossier. De son côté, Paramount affirme que la fusion est bénéfique pour la concurrence, car elle permettra de créer un acteur capable de rivaliser avec Netflix et Disney+.
Les avocats de Paramount s'appuient sur une jurisprudence récente où des entreprises ont obtenu des cautions similaires dans des litiges commerciaux. Cependant, les experts juridiques interrogés par Le Monde estiment que cette stratégie est risquée, car elle pourrait être perçue comme une tentative d'entraver l'accès à la justice.
Un calendrier judiciaire chargé
Le tribunal a prévu une audience préliminaire le 15 septembre pour examiner la demande de caution. Si elle est acceptée, les États devront verser cette somme sous 30 jours ou abandonner leur action. Dans le cas contraire, la fusion pourrait être finalisée avant la fin de l'année, comme le prévoit le calendrier initial.
Cette affaire s'ajoute aux nombreux défis réglementaires auxquels font face les fusions dans le secteur des médias. L'administration Biden a renforcé le contrôle des opérations de concentration, et la Federal Trade Commission (FTC) examine également cette fusion. Une décision est attendue d'ici à la fin du mois.
L'issue de cette bataille juridique déterminera non seulement l'avenir des deux groupes, mais aussi la structure du paysage médiatique américain. Si la fusion aboutit, le nouvel ensemble contrôlerait environ 30 % du marché du streaming, selon les estimations des analystes.



