Le Groupe Nicollin, fleuron industriel familial de Montpellier, s'apprête à céder 80% de son pôle environnement au fonds d'infrastructures américain Morgan Stanley Investment Partners (MSIP). Cette opération, annoncée le 10 juillet dernier, vise à financer les investissements massifs requis par la transition écologique et l'intelligence artificielle. La concrétisation est espérée pour le dernier trimestre 2026, selon un communiqué de l'entreprise.
Une diversification historique
Fondé en 1945 par Marcel Nicollin comme petit commerce de charbon dans la région lyonnaise, le groupe est devenu sous la direction de son fils Louis un acteur majeur de la collecte et du traitement des déchets. Aujourd'hui, le groupe compte 12 000 salariés répartis sur quinze secteurs d'activité, avec des implantations dans toute la France, ainsi qu'en Belgique et au Maroc. Il est le troisième opérateur français dans le nettoyage urbain, fort de 300 marchés publics.
La diversification s'est accélérée dès les années 1980, comme le raconte Gilbert Varlot, ami d'enfance et bras droit historique de Louis Nicollin : "Cela s'est d'abord fait par des opportunités de rachats d'entreprises, comme Sud Services, spécialisée dans le nettoyage industriel. Ensuite, nous pouvions décliner ces activités sur tous nos sites de France. Mais Loulou ne se serait jamais lancé à l'aveuglette."
Des investissements colossaux à réaliser
Le pôle environnement, qui emploie 4 800 personnes dont 700 à Montpellier, réalise un chiffre d'affaires de 450 millions d'euros. Mais il doit faire face à de lourdes mutations : électrification des flottes de camions, modernisation des outils industriels, intégration de l'IA. "Un centre de tri de déchets est une infrastructure très coûteuse et qui rapporte peu mais elle est obligatoire dans le marché public. De la même manière, un camion benne électrique coûte plus de 250 000 €", souligne Gilbert Varlot.
Pierre Cuillé, directeur commercial du groupe environnement, évoquait en juin dernier les défis technologiques : "Ce sont des techniques qu'il faut arriver à acquérir, comprendre et enrichir, et j'espère que ça viendra vite. Il y a quelques mois nous avons mis en place un outil qui ne nous apporte pas totalement satisfaction."
Une rupture avec l'ADN familial
La famille Nicollin, qui avait racheté 100% du capital en 2020, conserverait 20% et un "rôle dans la gouvernance". Le pôle services (7 200 employés, 250 millions d'euros de CA) n'est pas concerné. Les syndicats s'inquiètent de voir disparaître "l'état d'esprit familial", mais le groupe assure que "les équipes resteraient en place, les activités se poursuivraient normalement et les engagements pris auprès des clients, des collectivités et des partenaires demeureraient inchangés".
Gilbert Varlot conclut : "Je pense que tout cela a été mûrement réfléchi par Olivier Nicollin, qui a succédé à son père à la tête du groupe." Une page se tourne pour cette saga familiale emblématique, entre modernisation nécessaire et perte d'identité.



