Le groupe identitaire Nemesis, connu pour ses actions coup de poing contre les migrants, continue de se financer via PayPal, malgré l'interdiction explicite de la plateforme. Selon une enquête du Monde, le groupe a collecté plusieurs dizaines de milliers d'euros depuis 2023 via des dons récurrents, sans que PayPal n'intervienne.
Un financement opaque et persistant
Nemesis, qui se présente comme un mouvement de « défense de l'identité française », utilise PayPal pour recevoir des dons. Pourtant, les conditions d'utilisation de la plateforme interdisent les organisations « promouvant la haine, la violence ou la discrimination ». Malgré cela, le groupe a récolté au moins 45 000 euros en 2024 selon les estimations, via des cagnottes et des abonnements mensuels.
Le groupe, fondé en 2018, a multiplié les actions médiatiques : affichages sauvages, intrusions dans des centres d'accueil pour migrants, ou encore des campagnes de dénigrement contre des associations humanitaires. Ses membres, souvent cagoulés, diffusent leurs actions sur les réseaux sociaux.
PayPal, une tolérance questionnée
Contacté par Le Monde, PayPal France a indiqué que « toute organisation qui enfreint nos conditions d'utilisation est susceptible de voir son compte suspendu ». Pourtant, le compte de Nemesis est toujours actif. Plusieurs signalements ont été effectués par des associations antiracistes, mais sans effet.
« PayPal ferme les yeux, car Nemesis génère du trafic et des transactions », estime un expert en cybersécurité cité par Le Monde. La plateforme aurait supprimé des comptes similaires dans le passé, mais pas celui-ci, ce qui interroge sur ses critères de modération.
Des montants en hausse
Selon les données analysées, les dons à Nemesis ont augmenté de 30 % en 2024 par rapport à 2023. Le groupe utilise des systèmes de dons récurrents, avec des montants allant de 5 à 50 euros par mois. Au total, environ 1 200 donateurs réguliers sont identifiés, principalement en France.
Le trésorier de Nemesis, interrogé sous couvert d'anonymat, affirme que « PayPal est le seul moyen de paiement accessible, car les banques françaises nous ferment leurs portes ». Il précise que les fonds servent à financer des actions « légales » comme l'achat de matériel de communication.
Des poursuites judiciaires en cours
Plusieurs plaintes ont été déposées contre Nemesis pour incitation à la haine raciale. En mars 2025, une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Paris. Cependant, le groupe continue ses activités sans entrave majeure.
« L'inaction de PayPal est un problème démocratique, car elle permet à des groupes extrémistes de se financer en toute impunité », dénonce une porte-parole de SOS Racisme. L'association a écrit à PayPal pour demander la fermeture du compte, sans réponse à ce jour.
Un modèle économique contesté
Nemesis ne se limite pas aux dons. Le groupe vend également des produits dérivés (t-shirts, autocollants) via son site, et organise des conférences payantes. Selon ses comptes, le budget annuel avoisine les 150 000 euros.
Le phénomène interroge sur la responsabilité des plateformes de paiement dans le financement de l'extrême droite. Aux États-Unis, PayPal a déjà été critiqué pour avoir laissé des groupes suprémacistes utiliser ses services. En Europe, la régulation est plus stricte, mais son application reste lacunaire.



