Renaud Muselier, président sortant du conseil régional de Provence-Alpes-Côte d'Azur (Paca) après neuf ans de mandat, revient sur son bilan à deux mois des élections sénatoriales. Candidat dans les Bouches-du-Rhône, il défend une méthode qui a transformé la région selon lui.
Une région « qui imprime sa propre stratégie »
« Ma plus grande victoire réside dans le changement de méthode : la région n’est plus le tiroir-caisse de l’État ou des autres collectivités, elle imprime désormais sa propre stratégie », affirme Muselier. Il souligne avoir obtenu des moyens conséquents : les fonds européens sont passés de 300 millions à 10 milliards d’euros, et le contrat de plan État-Région a été multiplié par 2,5 pour atteindre 6 milliards.
La « méthode Muselier » repose sur la volonté d’additionner et de rassembler des personnalités et des familles politiques différentes pour trouver des solutions. Concrètement, cela a permis d’obtenir le premier budget vert d’Europe avec la décarbonation des bus Zou, d’ouvrir les trains à la concurrence pour faire baisser les prix tout en augmentant la fréquence, et d’injecter 6,1 milliards d’euros pour aider 5 000 entreprises. Il cite également la Coupe du monde de rugby et les Jeux olympiques comme des opportunités majeures saisies.
Le grand regret : la perte des Jeux d’hiver 2030 à Nice
« Mon plus grand regret est la perte des Jeux d’hiver de 2030 à Nice. C’est un véritable désastre », déclare Muselier. Il affirme avoir réussi à les ramener en France et dans le Sud, mais le refus du maire de Nice a privé le territoire de 800 millions à 1 milliard d’euros et d’une visibilité mondiale. « Aujourd’hui, je n’ai plus aucune relation avec lui, si ce n’est par presse interposée avec des propos irrespectueux de sa part », ajoute-t-il.
Interrogé sur la cérémonie des 100 jours d’Éric Ciotti, où un aigle a été présenté comme « une dédicace à notre ami marseillais », Muselier précise : « Je crois qu’il a eu une incompréhension. C’est de lui dont je parlais. Il peut essayer de dire que c’est la faute du président de la Région ou du président de la République si Nice n’a pas eu les Jeux. C’est lui qui n’en a pas voulu. » Il ajoute : « Il se prend pour un aigle, ce qu’il n’est pas, et tente d’isoler Nice alors que la métropole a toute sa place dans notre région. »
Inquiétudes pour Nice, confiance pour la Région
« Je suis inquiet pour Nice, pas pour l’avenir de la Région. Elle est entre de bonnes mains », assure Muselier. Il estime que la majorité choisira bientôt un nouveau président, probablement François De Canson, tête de liste dans le Var en 2021. La région bénéficie d’une stabilité politique forte, selon lui.
Il se dit préoccupé par la menace de l’extrême droite : « Régulièrement on nous prédit la défaite face à l’extrême droite. C’est un combat que je mène depuis que j’ai 30 ans. Je trouve le Rassemblement National dangereux : anti-européens, pro-Poutine puis pro-Trump, et sur le plan économique, ce sont des LFI de droite. La Région, au contraire, se doit d’additionner, d’attirer et de développer. L’extrême droite tombe dans des excès et des caricatures permanentes qui ne correspondent ni à mes valeurs républicaines ni à ma vision. »
Ambitions sénatoriales : « garder un pied sur terre et la tête à Paris »
Muselier explique son engagement aux sénatoriales : « Je ne quitte pas la Région, où je resterai conseiller. Mais je constate que le parlement de la République est déstabilisé et l’Assemblée nationale est devenue ingérable. Le seul endroit qui fonctionne encore, c’est le Sénat. » Il souligne le manque de bon sens territorial depuis la fin du cumul des mandats : « Mon objectif est de garder un pied sur terre et la tête à Paris, pour faire valoir mon expérience de baron local face à des stratégies parisiennes qui se trompent parfois profondément. »
Il précise avoir accepté de ne pas être tête de liste dans les Bouches-du-Rhône pour laisser la place à deux sénatrices et faciliter les choses avec Les Républicains.
Marine Le Pen et la présidentielle : « une situation qui me révolte »
À propos de la candidature de Marine Le Pen malgré ses affaires judiciaires, Muselier déclare : « La situation de Marine Le Pen me révolte et me terrifie pour mon pays, tout comme m’avait révolté l’affaire Fillon. Il est inconcevable d’être candidat à la présidence de la République tout en cherchant à échapper à la justice, surtout quand on est figure de proue d’un mouvement qui prêche l’ordre et l’autorité. S’il n’y a plus de respect pour la justice, c’est le chaos. »
Interrogé sur son soutien, il répond : « Je ne veux qu’il n’y en ait qu’un à partir de décembre. Mais je ne crois pas aux primaires qui ne marchent pas. J’aimerais que l’on applique la méthode Muselier et que la droite et le centre se mettent d’accord sur un candidat unique dès le mois de décembre. »
Divisions internes aux sénatoriales
Dans les Alpes-Maritimes, Muselier soutient Les Républicains, avec deux listes. « Mon ami, c’est Philippe Tabarot, c’est Dominique Estrosi-Sassone, je suis très proche d’elle, mais je suis très proche d’Alexandra Borchio-Fontimp aussi », dit-il. Dans le Var, il note deux listes de conseillers départementaux qui se présentent l’un contre l’autre (Françoise Dumont et Marc Lauriol) et un conseiller régional (Jean-Pierre Colin) qui pourrait se lancer. « J’espère qu’on va trouver des solutions », conclut-il.



