Le président de la Région Sud, Renaud Muselier, a adressé un courrier au maire de Nice, Éric Ciotti, ce samedi 30 mai, au lendemain de l'annonce de la perte des Jeux olympiques d'hiver 2030 pour la capitale azuréenne. Dans cette missive, l'élu phocéen chiffre avec précision tout ce que Nice va perdre, tant sur le plan économique que médiatique.
Un verdict sans appel
Le Comité d'organisation des Jeux (Cojop) a annoncé vendredi que « le regroupement de l'ensemble des épreuves de glace dans la métropole de Lyon » était désormais « la solution » et que Nice n'aurait « vraisemblablement plus d'équipement pérenne issu des Jeux ». Cette décision fait suite au refus d'Éric Ciotti de mettre à disposition l'Allianz Riviera pour accueillir le hockey olympique.
Si le maire de Nice a regretté que les Niçois soient « privés injustement d'une partie des épreuves », il a souligné que cette disqualification représentait une économie de 140 millions d'euros pour les contribuables, somme qu'il entend réinvestir dans le sport local. Il refuse d'endosser la responsabilité, évoquant un « choix politicien » plutôt qu'un refus de sa part.
Une divergence fondamentale sur l'ambition
Renaud Muselier voit dans cette situation une divergence fondamentale sur « l'ambition que nous voulons pour Nice, pour la Région et, au fond, pour la France ». Il écrit avec franchise et gravité : « Les épreuves de glace des Jeux olympiques et paralympiques d'hiver 2030 ne quittent pas Nice par fatalité. Elles ne disparaissent ni par malchance, ni sous l'effet d'une décision imposée depuis Paris ou Lausanne. »
Pour lui, Éric Ciotti doit assumer les conséquences de son choix de refuser l'adaptation temporaire de l'Allianz Riviera. La missive présente l'addition de tout ce que Nice, qui devait être « le cœur urbain de ces Jeux d'hiver 2030 », vient de perdre.
Des retombées économiques colossales
Les épreuves de glace devaient représenter « 60 % de la billetterie olympique, soit le principal moteur de fréquentation et de consommation des Jeux », souligne Muselier. L'expérience des Jeux de Milan-Cortina 2026, avec 1,3 million de billets vendus dont 57 % pour les disciplines de glace, confirme le rôle central du hockey et des sports indoor dans le succès commercial.
À partir de ces références, une hypothèse prudente estime entre 350 000 et 500 000 visiteurs cumulés pour le cluster glace niçois. Les retombées touristiques et événementielles directes perdues sont chiffrées entre 180 et 280 millions d'euros. À cela s'ajoutent les 300 millions d'euros d'investissements SOLIDEO directement fléchés vers Nice, principalement pour le COOL et le village olympique.
Au total, l'activité économique induite supprimée pour le tissu local est estimée autour de 550 millions d'euros.
Un héritage durable qui disparaît
Nice perd également un héritage territorial concret : un équipement sportif structurant avec le Complexe Omnisports Olympique, qui devait réduire de moitié les coûts énergétiques de la patinoire Jean-Bouin (1,2 million d'euros par an aujourd'hui contre 600 000 euros demain, soit une économie durable de 600 000 euros par an pour la Ville). S'ajoutent les 400 logements post-olympiques issus de la reconversion du village des athlètes.
En cascade, de nombreux dossiers structurants risquent d'être ralentis : la gare multimodale de l'Ouest, le passage de 4 à 6 TER par heure entre Cannes, ou encore 5 millions d'investissement pour le CHU.
Une perte d'exposition médiatique mondiale
La perte la plus structurante pourrait être celle de l'exposition médiatique mondiale. Nice devait accueillir le principal hub médias des Jeux avec plusieurs milliers de journalistes, ainsi que les cérémonies de clôture des Jeux olympiques et paralympiques d'hiver 2030. À Milan-Cortina, les Jeux ont généré près de 3 milliards de téléspectateurs cumulés, la seule cérémonie de clôture représentant une audience mondiale estimée à 600 millions de téléspectateurs.
« Nice ne perd pas seulement des compétitions », conclut Renaud Muselier. « La Baie des Anges, la Promenade des Anglais et le littoral méditerranéen devaient devenir, le temps d'une soirée, le visage mondial des Alpes françaises. » Cette exposition mondiale est estimée entre 100 et 200 millions d'euros en équivalent de valorisation média.
Résultat de l'addition : entre 800 millions et 1,1 milliard d'euros, tel serait « l'impact global » du « retrait du pôle glace » pour Nice et la Région Sud.



