La Monnaie de Paris innove et renoue avec son histoire en lançant sa propre monnaie d'investissement en or. Ce mardi matin, le ministre de l'Économie et des Finances, Roland Lescure, a officiellement donné le coup d'envoi en se rendant dans les ateliers de l'institution, située dans le VIe arrondissement de Paris, pour assister à la frappe inaugurale de cette pièce que Le Parisien a pu découvrir en avant-première. Les premiers exemplaires sont disponibles dès ce mardi à la vente pour les quelque 6 000 clients historiques de la Monnaie, avant une commercialisation ouverte à tous à partir du 16 juin.
Une pièce baptisée Marianne
Baptisée Marianne, ce bullion (une pièce de monnaie moderne, en or ou argent pur, à usage d'investissement) incarne une étape majeure dans la transformation de la Monnaie de Paris, a déclaré Marc Schwartz, son PDG, dont les équipes travaillent sur ce projet depuis quatre ans. Avec cette pièce française d'investissement en or, nous renouons avec une histoire monétaire prestigieuse qui passe par l'Écu, le Louis d'or ou le Napoléon.
Créée en quatre coupures — l'once, le demi, le quart et le dixième d'once —, cette nouvelle monnaie reprend nos attributs nationaux : sa face est dédiée à l'effigie d'une Marianne, figure emblématique incarnant le passage de la monarchie à la République française, que nous avons voulu rendre contemporaine dans ses traits et dotée d'un bonnet phrygien, symbole de liberté, détaille Joaquin Jimenez, graveur général de la Monnaie de Paris à l'origine de son dessin.
Le revers représente une carte de France (avec ses territoires d'Outre-mer) à facettes, sculptée en relief en signe d'unité et de diversité. Toutes ses versions sont frappées en or pur (999,9‰), chaque format ayant ses caractéristiques propres en termes de poids et de dimensions.
100 000 exemplaires cette année
Ce qui marque au premier regard, c'est la petite taille et la finesse de ces pièces. La coupure d'une once est évidemment la plus lourde, elle pèse 31,10 g, soit autant qu'un Napoléon, pour un diamètre de 32,22 mm précisément. Ces quatre coupures offrent un niveau de prix différent, ce qui permet de fractionner l'investissement, de lever la barrière du prix à l'entrée et de faciliter sa revente, met en avant le PDG de Monnaie de Paris. Contrairement aux pièces de collection dont la rareté fait le prix, le tirage des Marianne n'est pas limité. Près de 100 000 pièces devraient être façonnées cette année.
Ses plus grands atouts face aux lingotins ou lingots ? Sa liquidité (facilité à la revente), la qualité de l'or (national) utilisé, son esthétisme… Un Marianne est une véritable monnaie, contrairement au lingot, et seule la Monnaie de Paris peut en frapper pour la France, ce qui garantit à nos bullions la teneur en or et la reconnaissance du marché, résume l'institution créée en 864.
La Monnaie de Paris avait du retard
Si ce lancement est une première en France, de nombreux pays détiennent depuis longtemps leur propre pièce de monnaie d'investissement. Parmi les plus connues, il y a le Britannia au Royaume-Uni, le Maple Leaf au Canada ou l'American Gold Eagle aux États-Unis… En créant le Marianne, la Monnaie de Paris rattrape quelque sorte son retard en proposant une nouvelle monnaie d'investissement. Et surfe à la fois sur la flambée du prix de l'or, sur son titre de valeur refuge face aux crises internationales (sa valeur a été multipliée par sept en vingt ans) et s'offre un nouveau relais de croissance, comme le souligne son président.
Ne vous fiez donc pas à la valeur faciale gravée de 100 euros sur la pièce d'une once d'or (et de 50, 25 et 10 euros sur les autres)… Il s'agit là seulement d'une obligation réglementaire. Le prix de ces pièces est intégralement calé sur le cours de l'or, soit en ce moment, environ 4 800 euros l'once, jusqu'à environ 400 euros pour sa version la plus légère en or (1/10e d'once).
Un e-Marianne or pour première mondiale
Pour cibler le plus large public possible, dont les investisseurs en ligne, la Monnaie de Paris va plus loin et innove à travers une déclinaison digitale de sa pièce, le e-Marianne or. Cette offre hybride, à la fois physique et numérique, est une première mondiale dont nous sommes fiers en tant que plus ancienne institution du pays, insiste Marc Schwartz. Cette dématérialisation est une réponse habile aux problèmes de stockage et risques de vol.
Plus concrètement, l'achat des Marianne physiques et numériques se fait directement en ligne à travers une plate-forme sécurisée sur le site de la Monnaie. Au moment de l'achat, le cours de l'or est figé pendant cinq minutes, le temps pour l'acheteur de réaliser la transaction au prix affiché, sans risque de variation. La livraison est prévue sous trois jours sous pli anonymisé.
L'investisseur d'un e-Marianne dispose en plus d'un portefeuille en ligne adossé au cours de l'or physique pour suivre l'évolution de son cours. Afin de rassurer ces acquéreurs, l'institution leur offre plus de souplesse : elle s'engage à racheter les e-Marianne et à la convertir en une monnaie sonnante et trébuchante à tout moment (livraison sous trois jours). Quelle que soit la forme choisie, chaque transaction est soumise à commission et sa livraison à des frais (variables selon le poids, de 15 à 50 euros), tout comme son stockage en ligne (1 euro par trimestre, dégressif selon la durée).



