Le marché de Saint-Tropez, rendez-vous emblématique de la Côte d'Azur, attire chaque été des milliers de visiteurs sur les places des Lices et du XVe Corps. Mais cette popularité s'accompagne de défis pour la municipalité : des prix aléatoires pour des produits identiques, une liste d'attente de près de 300 forains et une refonte du règlement pour préserver la qualité du marché.
Des prix libres qui créent des tensions entre forains
En traversant les allées, les visiteurs peuvent remarquer des modèles identiques sur plusieurs stands : même provenance, même fournisseur, même matière. Seule différence visible sur l'étiquette : le prix. Une robe longue à bretelles est ainsi repérée à 39 euros sur un stand, puis à 89 euros quelques mètres plus loin. Un écart pourtant totalement légal.
« Nous n'avons pas de plafond. Chacun choisit son montant et la marge qu'il veut se faire. Certains privilégient moins de stocks mais des prix plus hauts. D'autres font l'inverse », explique un marchand de vêtements, installé depuis une vingtaine d'années. Cette tarification libre crée parfois des étincelles entre commerçants. « L'un accuse l'autre de le recopier et de vendre moins cher sa marchandise. C'est parfois très tendu », confie anonymement une productrice varoise, témoin de ces accrochages.
Une liste d'attente de 300 forains et des critères stricts
Le marché de Saint-Tropez est l'un des plus courtisés en France, avec près de 300 forains inscrits sur la liste d'attente. « Je reçois tous les jours des appels. Nous avons même des professionnels parisiens qui nous contactent. Ils sont déterminés et prêts à patienter, c'est impressionnant ! », remarque Cécilia Brovia, directrice du développement local. Pour y voir plus clair, elle catalogue les demandes : les 100 premiers noms sont des habitués, et l'ancienneté est prise en compte. « On regarde aussi leur présence pendant la période hivernale. C'est un critère très important car ce n'est pas simplement un rendez-vous saisonnier », prévient-elle.
Les prétendants sont aussi répertoriés par domaine pour simplifier la future attribution. « Quand une place dédiée à l'alimentaire est libérée, nous la remplaçons à l'identique pour éviter la disparition de cette filière, priorise Frédérique Soler-Callico, conseillère déléguée au marché et à l'exploitation du domaine public. C'est le même principe pour les vêtements, les objets de collection, les bijoux. C'est la meilleure solution pour que les acheteurs ne soient pas totalement dépaysés. »
Une refonte du règlement pour préserver la qualité
Depuis près d'un an, la municipalité modernise son règlement. L'horaire de déballage a été rectifié : « Il est possible à partir de 5 heures et le stationnement doit être totalement libéré à 14 h 30 », délimite l'élue. Une vigilance accrue est portée sur les produits exposés : « Nous ne voulons pas que le marché devienne le terrain de vente des plateformes asiatiques ! Il est réputé pour sa qualité et ceci doit perdurer dans les années à venir. »
Concernant les potentielles contrefaçons, « les douanes arpentent régulièrement les allées pour vérifier que tout soit conforme ». Pour simplifier le travail de la placière, tous les paiements se font uniquement par carte bancaire depuis cet hiver. Les tarifs d'occupation restent inchangés, fixés à 3,43 euros le m² pour la journée. Désormais, les services travaillent sur l'uniformisation des stands : « Cela concernera principalement la couleur des parasols et les hauteurs des barnums. C'est important pour garantir son authenticité », programme Cécilia Brovia. Les forains attendent parfois une décennie avant de décrocher une place, et les passagers, eux, se voient attribuer une quinzaine de places chaque mardi et samedi, avec rendez-vous à 6 h 45 près de la fontaine.



