« Ce sont nos JO à nous ! » : c'est ainsi que Michel Cresp, président de l'Adeto, a qualifié l'arrivée prochaine du porte-avions nouvelle génération (PA-NG) France libre dans la rade de Toulon. Le 16 juin, l'association des entreprises de l'ouest toulonnais a réuni des experts pour décrypter les retombées économiques attendues de ce projet colossal, dont la construction a été officiellement décidée le 24 décembre dernier.
Un chantier titanesque pour le BTP
Fabien Piersanti, président de la Fédération BTP du Var, a souligné l'ampleur des travaux : « On parle de deux milliards d'euros de travaux, pour la filière BTP actuellement en souffrance, c'est énormissime ! » La construction du PA-NG mobilisera jusqu'à 14 000 emplois au pic de l'activité et 8 000 en moyenne, transformant profondément la base navale toulonnaise.
Des infrastructures à adapter
Le France libre, avec ses 310 mètres de long, 90 mètres de large et 78 000 tonnes, nécessitera des aménagements majeurs. Le contre-amiral Arnaud Tranchant, commandant de la base de défense de Toulon, a précisé : « Ce n'est pas France libre qui est gros, c'est Charles-de-Gaulle qui est petit ! » Il faut agrandir le quai Milhaud pour gagner plus de quinze hectares sur la mer et relier cet espace à Brégaillon d'ici 2030. Dès janvier, un dragage de 1,8 million de mètres cubes de sédiments débutera, après la signature d'un accord environnemental par le Premier ministre.
Des compétences variées recherchées
Les maîtres d'œuvre (DGA, CEA, Service de soutien à la Marine nationale et Service d'infrastructure de la Défense) auront besoin d'entreprises et de compétences dans des domaines aussi divers que la soudure, la chaudronnerie, l'électricité ou le numérique. Jean-Baptiste Morinaud, secrétaire général adjoint de la préfecture du Var, a annoncé qu'un comité maritime Défense, initié par le préfet, établira une feuille de route sur 10 ans, avec trois groupes de travail : emploi, recherche et innovation autour de la commande publique de Défense, et identification du foncier disponible. Cette feuille de route sera présentée à Toulon d'ici la fin du mois en présence d'autorités ministérielles.
Logement et emploi des conjoints
Le député Yannick Chenevard a porté un amendement pour accélérer les procédures, permettant aux ministres et au préfet de désigner le contrôle général des Armées comme autorité environnementale. Fabien Piersanti a insisté sur la nécessité de « lever les verrous » pour faciliter la construction de logements. Le contre-amiral Tranchant a rappelé qu'entre 2035 et 2040, le port de Toulon pourrait accueillir deux porte-avions simultanément, ce qui implique des besoins en logements et en emploi pour les conjoints de militaires.
Des retombées économiques majeures
La base navale représente 2,3 milliards d'euros de dépenses d'infrastructure entre 2024 et 2030 à Toulon, et un milliard par an pour le maintien en condition opérationnelle, concernant 600 entreprises et 6 000 emplois directs dans le Var. L'Adeto fédère sur 800 hectares un potentiel de 1 500 entreprises et 17 000 emplois sur les communes de La Seyne-sur-Mer, Ollioules et Six-Fours-les-Plages. Les PME et TPE locales espèrent que les grands groupes ne seront pas les seuls à bénéficier de cette manne.



