La France déteste-t-elle ses entreprises ?
La France déteste-t-elle ses entreprises ?

La France entretient-elle un rapport conflictuel avec ses entreprises ? C'est la question posée par Étienne Gernelle, directeur de la rédaction du Point, dans son éditorial diffusé sur RTL. Selon lui, le pays souffre d'une culture politique et médiatique qui tend à diaboliser le monde économique, alors même que les entreprises demeurent un moteur essentiel de l'emploi et de la croissance.

Une défiance historique envers le capitalisme

Étienne Gernelle rappelle que cette défiance n'est pas nouvelle. Elle puise ses racines dans une tradition intellectuelle française qui a longtemps assimilé l'entreprise à un lieu d'exploitation. Les sondages montrent régulièrement que les Français se méfient des grandes firmes, notamment des multinationales, perçues comme prédatrices. Cette méfiance contraste avec l'attachement des citoyens aux PME et aux commerces de proximité, qu'ils considèrent comme plus vertueux.

Le journaliste souligne également le rôle des médias dans cette perception. Les réussites entrepreneuriales sont souvent présentées sous un angle suspicieux, tandis que les échecs ou les plans sociaux font la une. Cette couverture médiatique, selon lui, renforce l'idée que l'entreprise serait un acteur nuisible, plutôt qu'un vecteur de progrès social.

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Les conséquences concrètes sur l'économie

Cette hostilité ambiante a des effets tangibles. Étienne Gernelle cite le cas de la fiscalité, qui pèse lourdement sur les entreprises françaises, ou encore la difficulté à recruter dans certains secteurs industriels, faute d'attractivité. Les entrepreneurs français, confrontés à un environnement perçu comme hostile, sont nombreux à envisager de s'expatrier ou à freiner leurs investissements.

Il évoque aussi la comparaison avec d'autres pays, notamment les États-Unis ou l'Allemagne, où la culture d'entreprise est davantage valorisée. Cette différence culturelle explique en partie les écarts de compétitivité et d'innovation observés sur la scène internationale. Selon lui, la France paie le prix d'un discours public qui culpabilise le succès économique.

Un changement de regard nécessaire

Pour Étienne Gernelle, il est urgent de réhabiliter l'entreprise dans le débat public. Il appelle à une prise de conscience collective : sans entreprises prospères, il n'y aura ni emplois de qualité, ni services publics financés, ni transition écologique réussie. Il salue toutefois les évolutions récentes, comme la loi PACTE ou les initiatives en faveur de l'innovation, mais estime qu'elles ne suffisent pas à inverser la tendance de fond.

Le directeur du Point conclut que le changement doit venir d'abord des esprits. Il plaide pour une éducation économique plus positive, qui mette en avant les apports concrets des entreprises à la société. Selon lui, la France doit apprendre à célébrer ses entrepreneurs comme elle célèbre ses artistes ou ses sportifs, afin de créer un cercle vertueux de confiance et de croissance.

Cette tribune, diffusée dans le cadre de l'éditorial quotidien de la matinale de RTL, s'inscrit dans un débat plus large sur la place de l'économie dans la société française. Elle intervient alors que le gouvernement multiplie les annonces pour soutenir la réindustrialisation et l'innovation, mais sans parvenir à modifier durablement l'image de l'entreprise dans l'opinion.

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