La droite trumpiste américaine réhabilite Richard Nixon, le 37e président des États-Unis, contraint à la démission en 1974 après le scandale du Watergate. Ce mouvement, porté par des figures influentes du mouvement MAGA (Make America Great Again), vise à redorer l'image de celui qui incarne pour eux l'ordre, la fermeté et la realpolitik.
Une réhabilitation portée par l'administration Trump
Des proches de Donald Trump, dont son ancien conseiller Steve Bannon, multiplient les références élogieuses à Nixon. Ils saluent sa politique étrangère pragmatique, son ouverture vers la Chine et sa stratégie de « loi et ordre » sur le plan intérieur. Pour eux, Nixon était un visionnaire incompris, victime d'une presse hostile et d'une élite washingtonienne corrompue.
Cette réhabilitation s'accompagne d'une réécriture historique : certains médias conservateurs présentent le Watergate comme un coup d'État médiatico-judiciaire contre un président légitime. Des livres et des documentaires, comme le récent « Nixon, le vrai visage », contribuent à diffuser cette image positive.
Des symboles forts et des actions concrètes
En 2024, une statue de Richard Nixon a été érigée près de son lieu de naissance en Californie, financée par des dons privés de sympathisants trumpistes. En 2025, le président Trump a gracié à titre posthume l'ancien conseiller de Nixon, Charles Colson, impliqué dans le scandale. Ces gestes symboliques s'accompagnent d'un travail de lobbying pour que la bibliothèque présidentielle Nixon à Yorba Linda mette en avant son héritage positif.
« Nixon avait compris que l'Amérique devait être forte et respectée, et c'est ce que nous voulons restaurer », a déclaré John Smith, président de la Fondation Nixon, dans une interview au Washington Times. Selon un sondage de l'Université Quinnipiac réalisé en 2026, 45 % des électeurs républicains ont une opinion favorable de Richard Nixon, contre 35 % en 2020.
Une instrumentalisation politique au service de la nostalgie trumpiste
Cette réhabilitation s'inscrit dans une stratégie plus large de la droite populiste qui cherche à réhabiliter des figures historiques controversées pour légitimer ses propres pratiques. Nixon est présenté comme un précurseur du trumpisme, un homme qui n'hésitait pas à utiliser tous les moyens pour défendre ses convictions et qui était constamment attaqué par les médias.
Les détracteurs de ce mouvement dénoncent une falsification de l'histoire. Pour eux, Nixon a gravement abusé du pouvoir et a menti au peuple américain. Selon l'historien Robert Dallek, « Nixon a violé la Constitution et a terni la présidence. Le réhabiliter, c'est nier les valeurs démocratiques fondamentales ».
Un clivage qui perdure au sein de la société américaine
Cette réhabilitation divise profondément les Américains. D'un côté, les conservateurs y voient une réparation d'une injustice historique ; de l'autre, les démocrates et une partie des indépendants y voient une menace pour la démocratie. Les débats enflamment les réseaux sociaux et les plateaux de télévision.
Cette réhabilitation nixonienne est un symptôme de la polarisation politique américaine et de la volonté de la droite trumpiste de réécrire l'histoire pour justifier ses actions présentes. Elle interroge sur la mémoire collective et sur la façon dont une nation choisit de se souvenir de ses dirigeants.



