Pénurie d'intercepteurs : la faille meurtrière exploitée par la Russie en Ukraine
Pénurie d'intercepteurs : la faille meurtrière exploitée par Moscou

La Russie exploite une faille persistante dans la défense ukrainienne : le manque d'intercepteurs capables d'abattre les missiles balistiques. En combinant ces projectiles très rapides avec des missiles de croisière et des drones, Moscou sature les défenses ukrainiennes, réduisant leur capacité à protéger les grandes villes. Cette stratégie laisse aux systèmes de défense un temps de réaction parfois extrêmement court.

Une nuit meurtrière à Kiev

Dans la nuit du 4 au 5 août, Kiev et sa région ont une nouvelle fois subi cette tactique. Une vaste salve russe a tué 17 personnes et en a blessé 44 autres, selon le président Volodymyr Zelensky. Quelques semaines plus tôt, dans la nuit du 30 juin, une offensive avait illustré l'ampleur de cette stratégie : quatre missiles antinavires, neuf missiles balistiques, 61 missiles de croisière et près de 300 drones avaient été lancés contre des objectifs à travers l'Ukraine.

Des drones et missiles de croisière en masse

Cette combinaison complique la tâche des défenseurs. Les drones, relativement lents et peu coûteux, sont nombreux et peuvent être lancés en masse. La Russie produit notamment le Geran-2, une version du Shahed de conception iranienne, perfectionnée avec des turboréacteurs et des drones leurres. L'Ukraine a développé une défense multicouche contre ces appareils, souligne CNN. Cependant, les missiles de croisière représentent une menace différente : ils peuvent voler à très basse altitude pour limiter la détection. Le Kalibr, lancé depuis des navires ou sous-marins russes, peut évoluer à environ 20 mètres au-dessus de la mer et 50 mètres au-dessus du sol.

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L'Iskander-M, une menace balistique redoutable

Contrairement aux missiles de croisière, qui se comportent comme des avions sans pilote, les missiles balistiques sont lancés comme des fusées, puis piquent vers leurs cibles à plusieurs fois la vitesse du son, rapporte le South China Morning Post. Le principal missile balistique russe lancé depuis le sol, l'Iskander-M, peut atteindre six à sept fois la vitesse du son et transporter jusqu'à 700 kilogrammes d'explosifs. Le Kinzhal, lancé depuis les airs, constitue une autre menace. La Russie utilise également des S-300 et S-400 contre des cibles au sol. Le Zircon, officiellement classé comme missile de croisière antinavire hypersonique, pose aussi problème en raison de sa vitesse.

Un temps de réaction réduit à quelques secondes

Pour les défenses ukrainiennes, cette rapidité réduit considérablement la marge de manœuvre. Lorsqu'un missile balistique est tiré depuis la Russie, il ne reste parfois que quelques secondes pour le détecter, calculer sa trajectoire et tenter de l'intercepter. Lors de certaines frappes contre Kiev, les sirènes d'alerte ont même retenti au moment des impacts. Le Patriot est actuellement, selon l'armée de l'air ukrainienne, le seul système en service dans le pays capable d'intercepter les Iskander-M, les S-400 et les Zircon. Son intercepteur PAC-3 fonctionne selon un principe exigeant : plutôt que de détruire sa cible avec une explosion à proximité, il doit entrer directement en collision avec l'ogive en approche, d'après CNN.

Une pénurie critique d'intercepteurs

Or, Kiev ne dispose pas d'un nombre suffisant de batteries Patriot et surtout d'intercepteurs pour assurer une protection constante. Toujours selon CNN, le taux d'interception des missiles russes, qui atteignait environ 80 % au début de la guerre, est tombé entre 16 % et 33 % au cours de l'année écoulée. Et cette pénurie ne se résout pas rapidement. La production occidentale augmente, mais les besoins sont importants et les stocks américains ont eux-mêmes été sollicités par d'autres conflits. Le 30 juillet, le président américain Donald Trump martelait qu'il n'avait pas encore décidé s'il autoriserait l'Ukraine à produire des missiles intercepteurs sol-air Patriot, jetant le doute sur la possibilité que Washington accepte l'une des principales demandes de Kiev.

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