Judicaël Cancoriet, troisième ligne de 30 ans, s'est engagé avec le Rugby club toulonnais pour les trois prochaines saisons, soit jusqu'en 2029. Le joueur, né à Sarcelles le 25 avril 1996, a connu une carrière marquée par la persévérance et la polyvalence, passant notamment par Massy, Clermont et La Rochelle.
Un parcours marqué par la discrimination
Dès son enfance à Sarcelles, Judicaël Cancoriet a dû faire face à des préjugés. Au judo, certains parents refusaient qu'il tourne avec leurs enfants, et plus tard au rugby, on lui demandait ses papiers pour vérifier son âge. Il raconte : « Je me rappelle qu'au judo, certains parents ne voulaient pas que je tourne avec leurs enfants. Alors que pourtant, on avait le même âge. Et même plus tard au rugby, à la fin des matches, certains nous demandaient, avec Sekou [Macalou, joueur du Stade français également formé à Sarcelles, Ndlr], nos licences pour vérifier nos âges. C'est super violent et blessant. Nous, on jouait juste à un jeu où on était censés s'amuser. C'est choquant même si, au fond, ça te force à grandir et à découvrir la réalité des choses. »
Des souvenirs forts à Sarcelles
Malgré ces difficultés, Cancoriet garde un attachement profond à sa ville natale. Il se souvient avec émotion du « repas du mardi, gratuit, à la maison du rugby », une initiative du club qui permettait aux jeunes de se retrouver. Il explique : « C'était une initiative du club… et c'était génial. Ça permettait de rester avec les copains. On pouvait profiter ensemble, manger un morceau et surtout rigoler. Avec le recul, c'était hyper enrichissant pour nous tous. »
Son premier titre sportif reste gravé dans sa mémoire : « Le premier titre avec Sarcelles, champion du Val-d'Oise, c'était quelque chose ! On était en poussins je crois… mais c'était fou. On jouait quand même des gros clubs du 95 et réussir à ramener ce petit bouclier et une médaille chacun, c'était vraiment cool. »
Un choix décisif : refuser la natation
À l'âge de dix ou onze ans, sa mère, inquiète des risques du rugby, lui a proposé de passer à la natation. Une proposition que le jeune Judicaël a catégoriquement refusée. Il se remémore : « À un moment donné, elle en a eu marre. Que ce soit les tournois, affaires sales, les blessures, les coups, le fait de me voir par terre dans les rucks… Elle m'a demandé si je ne voulais pas faire de la natation. Refus catégorique de mon côté. À ce moment-là, j'avais dix ou onze ans et surtout aucune envie d'aller nager dans un bassin… et encore moins d'arrêter le rugby. Alors j'ai lavé mes affaires (sourire) et j'ai continué. »
Ce choix s'est avéré payant. Il intègre le Pôle espoir du lycée Lakanal (Hauts-de-Seine), puis Massy (Essonne), où il dispute ses premiers matches de Pro D2 en 2014 à 18 ans, avant de signer à Clermont. Avec le club auvergnat, il est sacré champion de France en juin 2017, face à Toulon, en tant que titulaire.
Une carrière internationale et un nouveau défi
Judicaël Cancoriet connaît ses premières capes avec les Bleus lors de la tournée d'automne 2017, totalisant cinq sélections. Sa première face à la Nouvelle-Zélande reste un moment fort : « On jouait avec la nouvelle génération de maillots, c'est-à-dire avec nos noms inscrits dessus, mais aussi celui des clubs de toute la France. Et de voir Sarcelles sur le mien... c'était fou. C'est un maillot qui compte encore plus que d'autres. » Il a offert un maillot à sa mère, car son nom y figure, et a conservé l'autre.
Après un passage au Stade rochelais à l'été 2023, il rejoint Toulon en quête d'un « nouveau challenge ». Il arrive avec sa femme et sa fille Ellia, âgée de quatorze mois. Sa polyvalence pourrait être un atout pour Pierre Mignoni et son staff. À 30 ans, il a trouvé les ressources mentales et physiques pour rebondir, et son expérience sera précieuse pour le club toulonnais.



